Le Mékong à la frontière du Laos sur la route de Steung Treng

Alerte dauphins en danger !

 
De Sra Em, Deth nous propose de nous emmener à la frontière du Laos, pays frontalier séparé du Cambodge par le fleuve du Mékong, célèbre dans l’histoire de l’Indochine.Nous y naviguerons à la recherche des six derniers dauphins d’eau douce peuplant cette partie du territoire qui en comptabilise seulement 60 autres au total, plus délocalisés vers la ville de Kratie. Six est vraiment très peu , très alertant proportionnellement à l’immensité du royaume khmer,  cela représente des douzaines de dauphins ayant disparu au cours des dernières décennies. Une trentaine d’entre eux seraient morts dans cette zone depuis 1990…Nous sommes très enthousiastes à l’idée de nous rapprocher de si près du Laos et surtout de peut-être avoir la chance d’observer l’un de ces derniers mammifères d’eau douce qui en font rêver plus d’un, même si nous aurions, sans doute, plus de chance d’en apercevoir à Kratie lors de notre futur passage en ville.

Sur la route dans la province de steung treng

 

La route pour atteindre le fleuve est succession de vaisseaux rouge sang, humides et étroits, qui prolifèrent au cœur de cette jungle verdoyante. Cela faisait un moment que Deth nous vantait la beauté des paysages exceptionnels de la région, lorsque nous observons cette jungle luxuriante nous pouvons enfin confirmer l’étrangeté et la pureté des chemins de terre rouge safranés dont il nous a si longtemps laissé imaginer la splendeur. De plus nous avons même la chance de voyager sous ciel bleu étincelant, reflétant les multiples couleurs naturelles ! Après plusieurs heures de routes nous nous décidons de nous arrêter quelques minutes afin d'immortaliser ce moment unique que nous n’aurons peut-être plus la chance de revoir d’ici là : le ciel bleu dégagé accompagné de son soleil lumineux,et ce en même temps. Le hasard fait que nous nous arrêtons près d’un petit village tellement reculé dans la forêt, qu’il n’est surement répertorié sur aucune carte cartographique.

Un troupeau de vache semble avoir monopolisé la route sablonneuse. Nous les approchons et parvenons à les caresser sans qu’elles ne s’enfuient. Mais nous continuons sur la route, impatients d’atteindre le Mékong.

Finalement nous décidons sur un accord taciturne, que le programme la plus adapté pour notre cet après-midi serait de faire un arrêt supplémentaire à proximité des chutes d’eau situées non loin du loin que nous devons rejoindre pour pouvoir admirer les dauphins croitre dans leur habitat naturel.  Bien que le trajet par les cascades soit légèrement plus long que le second, nous ne souhaitons pas manquer le magnifique spectacle des limbes d’eaux ondulantes et cristallines jugées uniques et incontournables lors d’une escale dans la province. De plus en sachant que nous venons de parcourir plus de deux heures en voiture pour pouvoir absolument nous rendre à la frontière du Laos, il serait stupide de notre part de ne pas rallonger notre tour de seulement quelques kilomètres et par conséquent de manquer une étape cruciale dans cette partie du pays.

Néanmoins, notre projet tout juste réfléchi promet d’être corrompu en raison d’un récent effondrement dont deux khmers, circulant sur un deux roues, nous informent précipitamment. Quatre kilomètres de la route nous séparent encore des chutes, d’un côté du chemin, des amoncellements de pierres vacillent dangereusement tandis que l’autre côté de la piste reste plongée sous un mètre d’eau et de boue: nous voyons notre plan misérablement tomber à l’eau. 

 

La saison des pluies, caractéristique du mois de juillet aout, nous empêche encore une fois de mener à bien notre voyage. Puisqu’aucune autre alternative ne se présente à nous, nous décidons de continuer la route vers les dauphins.Nous arrivons finalement au bout de nos peines ; à l’horizon s’étale le Mékong : nous demeurons ébahis par le cadre magnifique qui nous entoure, une forêt luxuriante couronnée de faibles rayons lumineux, quelques cabanons solitaires éparpillés par-ci par-là, devant lesquelles s’étale une large bande de pelouse émeraude parsemée de gouttelettes diamantées, de fleurs pales où quelques abeilles butinent en bourdonnant. Une odeur, douce et forte à la fois, parfume l’intimité de cette peinture utopique. Mais la beauté de ce paysage n’égale en rien celle du fleuve qui l’habite, le Mékong dont surface argentée se reflète au soleil comme un miroir rutilant, celui qui délimite la frontière entre deux territoires qui furent longtemps le théâtre de guerres et de combats sanguinolents que la terre a recueilli malgré elle dans ses profondes blessures. Je ne sais quoi  penser en regardant cette étalée d’eau si chargée d’histoire…

Bien évidemment sa formation remonte à la naissance de la terre très lointaine à l’échelle humaine mais lorsque la planète fut peuplée, lors des premiers voyages européens à la découverte du monde au XVIe siècle, ce fut un portugais dénommé Antonio de Faria qui le vit pour la première fois à travers des yeux européens. Par la suite, Portugais,  espagnols et hollandais envoyèrent successivement soldats et missionnaires à la conquête de ce territoire inconnu au cours des XVI et XVIIe siècles. Puis, les français mirent le Cambodge sous protectorat en 1863 et commencèrent de nombreuses expéditions sur le fleuve qu’ils jugèrent dangereux du fait de ses remous et rapides. Ainsi, la prospérité du fleuve fut remise en cause par l’envie conquérante si présente dans l’esprit humain et plus tard, il fut la partie du royaume accueillant de nombreux conflits longtemps redoutés puis finalement maitrisés après les guerres. Les français y établirent l’Indochine après avoir étendu leur pouvoir sur le fleuve jusqu’au Laos en 1893. Cette phase de contrôle s’achèvera lorsque les guerres d’Indochine et du Viet Nam mettront fin à l’occupation française et américaine au cours du XXe siècle. Aujourd’hui, le Mékong renait de ses cendres en s’épanouissant de la relative stabilité politique du pays.

L'étendue du Mékong à la frontière du laos

 

Nous embarquons dans une barcasse conduite par un pécheur du coin et traversons quelques rapides jusqu’à un coin plus calme qui s’apparente à une forêt de mangrove au milieu du fleuve. Le cadre est magnifique, arbres et broussailles flottantes luttent face aux milliers de courants tourbillonnant en surface du fleuve. Quelques pécheurs et autres touristes venus tout droit du Laos sont aussi à la quête des six derniers dauphins qui vivent dans cette partie du fleuve.

Nous capturons chaque seconde de chaque minute à l’affut d’un quelconque mouvement, appareils photos braqués à la surface de l’eau.A notre plus grande surprisse, alors que nous venons d’embarquer, un dauphin nous surprend de peu, se jouant de nous quelques centimètres derrière notre bateau de telle sorte que nous n’avons pas le temps de le photographier. Nous pesons la chance incroyable à laquelle nous assistons aujourd’hui, étant donné que nous venons de passer d’interminables heures de voiture, traversant et redoublant de vitesse au cœur de la province du Steung Treng.

Notre long voyage aura contribué à retarder notre heure d’arrivée au terme duquel nous constatons que si nos étions arrivés quelques heures plutôt nous n’aurions probablement rien aperçu à l’horizon du Mékong : le pêcheur qui nous accompagne nous explique que souvent les touristes n’affluent pas aux heures tardives autour de 17h-18h pendant lesquelles ils rentrent se baigner à la piscine de leur hôtel et que l’heureux hasard qui nous a conduit à embarquer à ce moment nous offre finalement l’instant le plus propice à l’observation des mammifères marins qui en ces derniers instants de la journée, sortent de leur presse à a recherche de nourriture. La chasse aux poissons du Mékong est ouverte ! Le dauphin rode autour de notre barque, à plusieurs reprises sa magnifique robe grise, lisse et scintillante réapparait à la surface de l’eau et finit par se perdre loin dans les rapides du Mékong.  La promenade n’aura été que de courte durée. Nous n’avons même pas le temps de voir le temps passer qu’au coucher du soleil nous nous retrouvons  sur la terre ferme ne sachant quoi faire. Notre avis est partagé, nous ne savons pas si nous restons la nuit au bord du fleuve ou regagnons le ferry 50 km plus loin.

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