Voen Sai et ses villages

Le Village Chinois

Sous un soleil mitigé, nous parvenons sur les rives du village chinois de Voen Sai, non loin du petit village Tompoun que nous avons visité en matinée. D’aspect nettement plus luxueux que ce que nous avons pu voir jusqu’ici, le village est, en effet, occupé par de « riches » chinois possédant demeilleurs conditions de vie que la plupart des cambodgiens vivant sous le seuil de pauvreté dans les campagnes environnantes. Et pour cause, les nombreux  investissements occasionnés dans la production du bois leurs fournissent de généreux bénéfices qu’il utilisent à profit, leur permettant ainsi de vivre à un rang social plus élevé que la moyenne, et le contraste avec les villages khmers et le village laotien situés juste à côté, est horriblement frappant. En tenant du niveau des conditions de vie, les habitants de cette petite communauté connaissent une vie prospère avec des besoins toujours satisfaits et des privilèges abondants, ce qui ne serait pas forcément le cas en Europe par exemple. 

Contrairement aux cabanes paysannes, les maisons individuelles sont ici mieux entretenues et architecturalement mieux taillées, elles adoptent un aspect plus accueillant, non pas qu’elles puissent être élevées au rang des villas européennes, mais simplement parce qu’elles ont une allure de maisons ayant achevé leur construction, ce qui oppose totalement les maisons campagnardes dont les quatre pans de murs cloués et serties d’un toit de tôle s’envoleraient à la première rafale.En longeant un sentier tortueux, ombragé par quelques plans de bambous, seulement deux grandes maisons richement décorés de dentelles de bois sont notables parmi les cabanes rudimentaires, ce sont les maisons des deux plus riches chinois du village, autrement dit les plus gros investisseurs de bois de la région. Ce sont également les deux familles ayant reçu une éducation correcte, voire exemplaire dans la mesure où leur apprentissage des langues est un modèle à suivre. Non seulement de parler leur langue natale, celle-ci est jugée insuffisante ce pourquoi le khmer et certains dialectes des minorités leur permettent aujourd’hui de conserver un avantage considérable sur l’ensemble de la population illettrée. Enfin, si l’on parle plus généralement, en plus du poids de leur démographie écrasante, c’est l’ouverture d’esprit, la conquête des langues et des marchés étrangers qui ont permis aux chinois d’obtenir les monopoles de plusieurs domaines économiques en concurrence avec la puissance américaine.

La balade est sans grand intérêt pour nous : aucun temple, infrastructure religieuse, monument ou même de bâtiment culturel et historique. En nous promenant au gré du sentier terreux, Lina, notre guide de la journée, nous fait remarquer un engin à quatre roues plutôt très étrange dont les pièces qui le composent  parviennent des  quatre coins de l’Asie. Il s’agit d’une « voiture- camion » unique. Constitué de différentes pièces provenant du Japon, de Russie, du Viet Nam et du Cambodge, le tout forme un hybride hallucinant ! Photo voiture  Plus loin nous croisons des Taiwanais qui, visiblement, passent leurs vacances au village, à notre grande surprise. Après avoir sympathisé et questionné leurs raisons d’un tel voyage, une femme nous explique qu’ils viennent dans le but de passer deux semaines dans ce village reculé à la façon d’une grande colonie de vacances, et ce depuis plusieurs années maintenant. 

Contrairement à ce que nous pouvons penser, ils n’estiment pas « ennuyant » ce village vide et sans grand intérêt culturel, du fait qu’ils ne l’entrevoient pas comme un simple village touristique ou nécessitant une aide humanitaire mais comme le village qui a bordé leur enfance, et qu’ils espèrent voir perpétuer dans les générations suivantes. Après cette brève explication, nous la saluons, sur quoi elle rejoint un groupe de jeunes jouant au ballon tandis que nous ne nous y attardons pas plus longtemps, jugeant la suite de la visite sans enthousiasme.

 

 

Le Village Laotien

 

Le village laotien qui jouxte le village chinois se poursuit sur des kilomètres. Il est amusant de remarquer le contraste entre ces deux villages délimités par une barrière invisible : l’opposition des maisons bien découpées avec les cabanes sur pilotis qui menacent à tout instant de s’écrouler frappe le visiteur, ainsi il est difficile de confondre les deux communautés ! Les cabanes du village laotien se rapprochent fortement de l’image que nous renvoient les cabanes khmères à une différence près, la construction des tuiles se fait, conforme à leurs coutumes, en bois, contrairement aux khmers. Néanmoins si l’on néglige cette petite variante peu importante, l’aspect délabré du village reste comparable aux communautés rurales khmères, le poids de cette extrême pauvreté règne en maitre. Nous nous arrêtons sur le palier d’une maison à l’entrée de laquelle nous apercevons deux hommes d’un âge plutôt avancé pour l’un, mais inferieur pour l’autre ainsi qu’une femme très âgée comparable à la vieille dame que nous avons rencontrée au village des Tompouns.

Pour la seconde fois de la journée, nous constatons que la femme reste seule à travailler sous le regard suspicieux de son entourage paresseux, tandis que sa vieillesse la freine dans ses mouvements et que les deux hommes qui l’accompagnent, probablement enfant et mari,  demeurent allongés tranquillement à discuter dans leur hamac. Elle semble dépecer une branche de bois dont l’écorce séchée servira à la fabrication de paniers en osier tandis que sa bouche fermée remue lentement et soucieusement un met sans que nous puissions identifier la nature de ce qu’elle mâche.  Dans un mouvement précipité, peut être révélant notre gène vis-à-vis des deux monde qui nous opposent,  nous avons soin à lui remettre les quelques fruits que Lina à rapportés du restaurant. Désireuse de garder une image plus altière, elle n’accepte ces fruits que des mains de Lina, étant donné qu’il fait partie de la population rurale tandis que nous sommes que de simples touristes en vadrouille qu’elle prend surement pour des individus cachant leur égoïsme, ce que nous comprenons parfaitement. Ses fines mains agiles, et pourtant si ridées, s’en emparent rapidement comme si la mendicité était son unique moyen de survivre. En échange, sans même oser nous regarder dans les yeux un instant, preuve de subordination, elle nous offre un sourire si sincère que nous ne remarquons presque pas les feuilles foncées mâchouillées qui lui rendent les dents rougeâtres et visqueuses.

 

Plus loin, au cours de notre balade, des enfants timides nous interpellent en nous faisant de grands gestes accueillants. Nous continuons quelques mètres en passant près d’une table accompagnée d’une unique chaise sur laquelle est assise une femme qui tente de nous vendre trois morceaux de bambous servant à cuisiner une soupe traditionnelle. Espérant sincèrement que nous lui achetions alors que nous ne connaissons pas même la recette, serait revenu à pendre ces trois bambous taillés et de les mettre directement à la poubelle puisque nous n’en aurions rien fait. A ce moment-là, nous estimons avoir terminé cette visite et de faire demi-tour en suivant toujours Lina qui nous raccompagne à l’embarcadère avant que la pluie ne se remette à tambouriner.

 
 
 

Retour à Banlung

Après avoir retraversé la rive pour la seconde fois de la journée, nous reconnaissons le petit restaurant où nous avons déjeuné ce midi, excepté qu’à cette heure-ci, pas même une personne n’a le plaisir de s’asseoir sur l’une des tables solitaires qui n’attendent que quelques clients. En voyant la pluie se déverser au moment où nous quittons définitivement l’embarcadère pour rentrer sur la route de  Ban lung, nous prenons réellement conscience de la chance dont nous avons bénéficiée lors de notre visite de Voen Sai. Nous venons, de ce fait,  d’échapper à une énorme perturbation qui menaçait depuis peu, ce dont nous ressortons plutôt fiers étant donné que cela nous évite de prendre la pluie et de mouiller nos vêtements une seconde fois, vêtements qui, n’ont toutefois, pas encore eu le temps de sécher depuis que nous sommes revenus trempés du voyage en barcasse après la visite du village des Tompuons , pour l’heure du  déjeuner. 

Quoiqu’il en soit, nous nous voyons encore une fois obligés de demander refuge aux habitants locaux en nous abritant  sous le porche de leur maison. Avec une hospitalité naturelle, ils nous accueillent gentiment et nous offrent même de quoi nous asseoir, ce que nous refusons avec le souci d’empiéter sur leur intimité. En regardant passer le temps, nous prenons plaisir à observer la pluie se déverser limpidement dans les tuyaux d’une gouttière artisanale qui leur sert de citerne d’eau. En parlant d’eau, je crois qu’il n’a jamais autant plu depuis le début du voyage : nous remarquons que la femme de la famille a recueilli trois sauts remplis à ras bord en l’espace d’une dizaine minutes : chacun recueille environ dix à quinze litres !

Après que la pluie ait calmé ses ardeurs, nous profitons d’un petit temps de battement durant lequel les gouttes se font plus fines pour reprendre le 4X4, dont le chauffeur est chargé de nous reconduire à Ban Lung , et le trajet est d’autant plus long que les roues de la voiture ont du mal à ne pas patiner sur la route boueuse. Nous profitons également de l’irrégularité des averses  pour nous arrêter dans les petits villages au gré de la route, bien que souvent nous sommes condamnés à rester enfermés dans la voiture climatisée. Quelques passages demeurent  plus difficiles et dangereux que d’autres mais, en général, notre chauffeur roule tellement lentement que nous nous faisons doubler par un tuk-tuk : total nous ne dépasserons jamais les 30km/h ! 

Après une bonne heure de route nous arrivons enfin dans la bourgade de Ban lung, désertée à cause de la pluie. Il est 16h lorsque nous abandonnons notre chauffeur, Deth, notre guide du voyage et Lina, notre guide temporaire que nous remercions fortement pour cette agréable journée,  qui fut par ailleurs une incessante course effrénée contre la pluie ! Une douche est donc la bienvenue  après ces épreuves dans la boue. Lorsque Vanna et Deth nous récupèrent dans la soirée, nous leur indiquons le restaurant où nous souhaitons nous rendre dans le centre ville, le Gecko house: la cuisine y est authentique

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