La sihanouk culturelle

C’est notre dernière journée à Sihanoukville, pour ne pas dire, notre dernière journée de voyage avant le grand départ. Nous avons rendez-vous avec Vanna ( notre chauffeur) devant l’hôtel. Aujourd’hui, puisque Deth (notre guide touristique) est parti, il remplit à la fois le rôle de chauffeur et de guide touristique. Même si la journée pour lui semble difficile, dès qu’il nous aura conduits à l’aéroport le lendemain, il bénéficiera de quelques jours de repos.

Après que nous ayons englouti une gourmandise au chocolat en guise de déjeuner, nous sortons devant l’hôtel et trouvons Vanna qui nous attend pour notre rendez-vous. Comme il est à notre entière disposition, nous comptons lui demander de nous faire découvrir les nombreuses pagodes et les quelques monuments de la ville au brassage culturel. Nous lui indiquons, en premier lieu, de nous conduire au «  Wat Leu », pagode que nous avons repérée sur le plan de la ville fourni par l’hôtel.  Quand il nous apprend qu’il ne connait pas les lieux, nous ne cachons pas notre ébahissement. Nous sommes d’autant plus étonnés car ce n’est pas la première fois qu’il nous fait le coup depuis le début du voyage. D’autre part il nous avait bien précisé qu’il connaissait Sihanoukville sur le « bout des doigts » ; nous ne savons plus que penser… Mais selon le célèbre dicton : « il y a une première fois à tout » alors, avant de lancer le moteur, Vanna se renseigne auprès d’un des chauffeurs de tuk-tuk de la ville après quoi nous traversons la cité qui me parait plutôt calme de si bon matin. Nous bifurquons sur quelques petites ruelles, un coup à droite, un coup à gauche, puis empruntons aussi bien des chemins très étroits que des voies principales où le trafic semble plus dense. Nous prenons la même direction que si nous devions nous rendre à Phnom Penh et parvenons au niveau du nouveau port situé en périphérie de la ville. La structure gigantesque se niche sur la berge de l’océan à l’embouchure du Golfe de la Thailande et les ouvriers sont déjà en plein maniement des machines. De là nous atterrissons à un embranchement. Si nous prenons la route dans son prolongement nous nous dirigeons droit vers Phnom Penh tandis que si nous tournons à droite par une route délabrée, nous accéderons directement au sommet de la colline où se niche le fameux « Wat Leu ».

A cette intersection, une autre structure vaut tout de même le coup d’être remarquée ; Anchor, l’usine produisant la bière du Cambodge dont les cannettes étiquetées « Angkor » ou « Anchor » sont vendues à grande échelle. Il s’agit de l’unique usine produisant ce breuvage ce qui laisse imaginer une idée sur l’ampleur de la construction. Il est difficile de ne pas être attiré par la structure du fait que l’ensemble est peint dans une couleur rouge vive qu’on ne peut pas ignorer en passant à proximité. De plus « Angkor » est marqué sur chacun des bâtiments, camions et uniformes des ouvriers, impossible à esquiver du regard. Une autre caractéristique du complexe contribue à le rendre unique, ce sont l’ensemble des immenses cuves aménagées de la même façon qu’une raffinerie pétrolière. Je ne préfère même pas estimer le nombre de litres de bière qui s’écoulent chaque année en ces lieux mais cela doit être incroyable ! De surcroit, cette bière est essentiellement exportable à travers le pays. On ne la trouve donc pas à l’échelle internationale : les khmers en sont de fervents admirateurs.

 

Wat Leu

Ainsi, nous empruntons la route délabrée et gravissons la petite colline sans trop de mal jusqu’à parvenir à la pagode du Wat Leu. Une dizaine de marches permet de gagner le sommet. Perchée au sommet, cette pagode dorée semble totalement coupée de monde extérieur. L’ambiance religieuse, le calme et la simplicité des lieux, me font presque oublier l’atmosphère touristique et festive de Sihanoukville.  Quelques maisons de moines sont aménagées circulairement autour du sanctuaire principal qui trône sur son piédestal. Ce léger surélevèrent procure à l’architecture un air dominateur. L’ensemble est entièrement coloré et aucune parcelle de blanc n’est identifiable. Les toits khmers qui s’élancent en de fins pics dorés reflètent les rayons du soleil avec un effet miroitant entièrement illusoire.  Les animaux mythiques gardent l’entrée du sanctuaire. Enroulés sur chacune des colonnes qui servent de soubassement au toit typiquement khmer, des têtes des dragons aux couleurs vives et pailletées, jaillissent dans un élan de colère comme s’ils avaient un rôle protecteur du lieu sacré.

A l’intérieur, des icônes de bouddha très colorées ornent les murs de bas en haut et un autel gît devant la statue du philosophe auquel les moines font plusieurs offrandes quotidiennement. Après nous être déchaussés, nous y pénétrons sous l’accord du gardien qui nous indique d’aller déposer un bâtonnet d’encens dans un vase déjà bien garni. L’édification du  « Wat Chotynieng » ou « Wat Leu » fut dédiée au patriarche suprême et leader bouddhiste cambodgien du nom de Prince-Choum Nath(1883-1969). Le patriarche académicien est surtout connu pour s’être fortement impliqué dans le domaine de la conservation, de la langue khmère et fut un des facteurs majeur qui établit le dictionnaire khmer .Aujourd’hui il reste dans les mémoires de la population dont il a permis le développement du savoir et a propulsé la culture à travers le pays qu’il a révolutionné à l’instar des philosophes des lumières français qui établirent la gigantesque œuvre de l’Encyclopédie au milieu du XVIIIe, peu avant la Révolution française.

Après avoir fait le tour du sanctuaire central, nous quittons le lieu sacré pour en visiter les alentours. Nous grimpons encore quelques marches pour atteindre le sommet d’une terrasse qui nous offre une vue incroyable sur Sihanoukville immergée dans un océan lumineux. Nous apercevons plusieurs iles au large des côtes parmi lesquelles nous pouvons reconnaitre Pro Quoc et Koh Rong, puis nous reprenons la voiture  pour terminer notre tour de la ville.

 

Victory Monument

Vanna nous amène devant le monument de l’Indépendance « Victory Monument » symbolisant la réconciliation du Cambodge avec le Viet Nam au terme d’une guerre et de conflits majeurs. Il ne s’agit que d’une statue de Bouddha sans grand intérêt pour les yeux mais occupant une place très symbolique dans le cœur des cambodgiens. Il est situé entre la colline de la Victoire, également connue sous le pseudonyme de station météorologique Hill , et fut construit en 1985 pour incarner l’amitié novatrice du Cambodge et du Vietnam ainsi que la victoire vietnamienne sur les khmers rouges ayant conduit le pays entre 1975 et 1979.

Wat Krom

Après avoir regagné la voiture, Vanna demande sa route à un chauffeur de tuk-tuk afin de gagner le second Wat le plus célèbre de la ville connu sous le titre de « Wat Krom » mais plus communément nommé « Wat Utynieng ». Encore une fois Vanna ne connait pas le chemin mais nous ne lui en voulons pas vraiment, du moment qu’il parvient à nous y conduire. Finalement, une grande porte rouge protégée par deux Nagas sacrés enroulés sur une épaisse balustrade nous indique que nous y sommes. Malencontreusement, la pluie nous empêche d’aller plus loin que le portail d’entrée. Nous prenons néanmoins le temps de capturer quelques clichés du grand sanctuaire semblable au Wat Leu que nous venons de quitter. Le complexe est dédié à une divinité sud du Cambodge que l’on connait sous l’appellation Yeay Mao. Ce héros fondateur est vénéré en tant que divinité protectrice des voyageurs et des chasseurs mais peu de précisions sont réellement données sur ce dieu mineur de la religion. Beaucoup d’histoires racontées par le petit peuple l’entourent. Une première version racontée peu avant l’arrivée des français (1863-1953) affirme qu’il s’agissait d’une magnifique femme mariée à un guerrier hautement puissant. Un jour, son mari fut emporté par la mort au court d’une bataille sanglante. On dit que, par la suite, la veuve s’empara du pouvoir afin de contrôler l’armée khmère contre les thaïlandais qui ne cessaient d’accroitre leur puissance militaire. Sous son commandement, les soldats khmers écrasèrent l’armée thaïe et gagnèrent une importante victoire qui valut à « la guerrière » une célérité retentissante.

 

 

Une seconde histoire plus récente raconte que Yeay Mao était l’heureuse élue d’un certain prénommé « Ta Krohom-Koh ». Tous deux vivaient paisiblement au chevet d’une modeste maisonnette dans la foret située près de Peach Nil Mountain . Un jour lorsqu’ils s’y promenèrent, ils tombèrent devant les crocs acérées d’un tigre ayant élu domicile dans la jungle. Ta Krohom-Koh , pour ne pas être dévoré, livra sa propre épouse à la bête sauvage qui fit couler le sang sans pitié. Le tigre épargna l’homme qui profita du moment pour s’enfuir précipitamment en lâche. On ne sait pas ce qui arriva à Ta Krohom-Koh mais on dit souvent qu’il connut une fin triste et monotone, seul dans sa maison et rongé de remord pour le crime qu’il avait commis. Depuis lors, une statue fut élevée entre Sihanoukville et Phnom Penh sur la route nationale 4 achevée par les français en 1876. Chaque année les pèlerins khmers, chinois et vietnamiens viennent s’y recueillir. On considère l’endroit comme le lieu de méditation où se déroula la tragédie mythique. Tous les voyageurs rendent hommage à la divinité afin d’éviter un sort semblable à Yeay Mao. Une fête principale est célébrée en juin, au cours de laquelle, l’ensemble des pèlerins viennent se recueillir et porter des offrandes à la divinité. Selon plusieurs croyances, celle-ci avait un esprit si cruel qu’elle hanta et s’en prit à tous les voyageurs qui ne s’arrêtaient pas sur la route pour lui rendre hommage ainsi qu’au Peach Nil Mountain. On dit qu’elle jette des sorts aux personnes ignorantes de son histoire et que les symptômes de ceux-ci se traduisent par d’atroces douleurs incurables. On dit également que l’esprit de la déesse contribuait et contribue toujours à la réalisation de vœux.

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