Une croisière sur le Tonlé Sap ...

Départ de Phnom Penh pour une longue traversée…

 

Ce matin, nous quittons Villa Lanka vers 8h. Vanna nous attend avec la voiture tandis que Deth nous rejoindra à l’embarcadère pour notre première croisière privatisée sur le confluent du Tonlé Sap. Il nous a expliqué la veille qu’il serait absent le matin pour aller faire des courses au marché car c’est lui notre cuisinier durant la croisière d’une journée, ce pourquoi il nous rejoindra directement au quai…Nous traversons la capitale où les délégations pour les campagnes électorales font déjà rage dans toute la ville ! Non loin du restaurant Titanic où nous avons diné la veille, nous embarquons dans notre bateau privé. Il s’agit d’un simple bateau avec quelques banquettes de bois alignées surmontés d’un toit protégé par des barrières où nous attendent trois chaises en plastique, une table et un parasol ! Nous arriverons à Kompong Chnang vers les 17h tandis que Vanna, qui y va en voiture ne mettra que 2 heures de route, juste histoire de donner une comparaison à l’echelle de temps entre la vitesse du bateau et de la voiture…

 

Après embarcation, nous remontons ainsi les méandres du chenal du Tonlé sap ( tonlé signifie fleuve) qui relie le lac à Phnom Penh.  Le grand lac d’eau douce est le plus vaste d’Asie du sud-est. Chose curieuse, il est le fruit d’un étrange phénomène naturel qui permet l’irrigation de tout le pays. De juin à octobre, le niveau du Mékong augmente rapidement, refoulant l’eau du Tonlé Sap . La superficie et la profondeur du lac sont alors multipliées par 4 ou 5. Ainsi, 20% du flux du Mékong est absorbé par le Tonlé Sap durant la saison des pluies tandis qu’à la basse saison en octobre,  il  reprend son cours normal. Ce processus extraordinaire oblige les habitants à se construire des maisons sur pilotis et se munir de barques afin de pouvoir se déplacer mais ne fait pas moins le bonheur des oiseaux, serpents, tortues ainsi que l’un des endroits  les plus féconds en poissons !

 

 

 

La question des bidonvilles…

 

Au cours de notre croisière encore une fois sous le soleil, nous apercevons plusieurs villages flottants dont la majorité des habitants est d’origine vietnamienne. Une odeur et une esthétique morose donnent  à ces petites structures l’allure de bidonvilles flottants plutôt que de jolis petits villages charmants. Mais outre l’esthétique frappant à première vue, ces villes sur l’eau ont un inconvénient principal: celui de générer des montagnes de déchets ahurissantes qui contribuent notamment à la pollution du fleuve et toutes ses conséquences en découlant (maladies, extinction d’espèces animales ou végétales…)

Si l’on néglige les toits de tôles , les morceaux de bois flottant, les quelques algues et herbes mortes à la surface du fleuve, tout ce que  j’aperçois de loin est un amoncellement de poubelles et de déchets en tout genre allant de la simple nourriture à des sacs plastiques, des vielles chaussures et même des vêtements sales et troués : mais visiblement les gens ne semblent pas se préoccuper de leur santé et de l’environnement qui les entoure : ils ont l’air d’y vivre comme un oisillon niché dans son nid douillet ! Pourtant ils savent mieux que quiconque que toutes les maladies qu’ils attrempent et que leur manière de vivre en général les exclus de la société khmère qui adopte un tout autre mode de socialisation avec des valeurs et des normes souvent bien moins précaires.

 

Cependant, ont-ils vraiment le choix ? Puisque leur origine vietnamienne ne joue pas en leur faveur du fait des guerres qui ont longtemps opposé ces deux peuples, ils sont visés et rejetés par la majorité des Khmers. A cela, il faut ajouter leurs mœurs différentes, leur mentalités , le refus de l’autre qui concerne, sur ce sujet-là, aussi bien chez les khmers que les vietnamiens mais surtout leur mauvaise volonté qui joue un rôle prépondérant dans leur insertion sociale ; leur exclusion est en partie volontaire, ce pourquoi ils restent bien tranquilles sur les eaux du fleuves et ne se mélangent en aucun cas avec les habitants urbains.

Ils vivent donc au jour le jour , adoptant ainsi la devise de l’épicurisme « carpe diem ». En réalité, très peu d’entre eux possèdent un travail stable qui leur permettrait de vivre aisément, ou du moins correctement, la majorité de ces paysans des villages flottants vivent du capital de la pêche et de la récolte du riz …Toute la journée, ils ne font rien d’autre que pêcher dans l’espoir de se mettre quelque chose sous la dent. Entre les heures creuses, ils pratiquent le  « sport national » du pays, c’est-à-dire la sieste dans le hamac et leur quotidien se répète de la même manière chaque matin : la perspective d’une nourriture suffisante pour pouvoir répondre aux besoins de la famille entière sur deux voire trois générations. La cause des déchets est lié au fait qu’aucun éboueur n’est là pour accomplir son travail, et pour cela ils ne peuvent compter sur les khmers qui en aucun cas viendront nettoyer leurs ordures, ce qui peut etre compréhensible…

 

 

Pour résumer : Avec 15 millions d’habitants, le Cambodge est riche en histoire mais plutôt pauvre en économie, la moitié de la population est au chômage, 85% sont des paysans contre seulement 5% de riches …Ce pays ne cessent de s’appauvrir mais les gens ne font rien pour chercher à remonter le niveau : allongés sur leur hamac, les paysans se plaignent de leur déchéance ! Les vietnamiens sont très mal vus par la population cambodgienne depuis toujours dans leur histoire et cela ne s’arrange pas vraiment avec le temps …Les khmers réclament le départ de ces bidonvilles sur eau car ils sont pour la plupart vietnamiens, mais cet acharnement demeure  sans succès. L’astuce de la construction des villages flottants, est de les planter bien au milieu du fleuve, histoire de pouvoir amorcer les filets de pêches, mais qu’en reste-t-il des paysages ??

 

Cette matinée aura donc été très instructive sur les différents modes de vie cambodgiens et vietnamiens bien que le témoignage personnel de Deth, notre guide d’origine du pays, reste très subjectif. D’ailleurs il est le premier à nous raconter les blagues les plus péjoratives mais dont l’humour est plaisant à écouter et à réchauffer l’atmosphère « Pendant que les vietnamiens récoltent le riz et pêchent, les cambodgiens les observent dans leur labeur tandis que les laotiens dorment en attendant la moisson !! ». Cette blague inoffensive révèle, entre autre, la rivalité qui oppose depuis toujours les trois pays voisins, à savoir Laos, Vietnam et Cambodge. Sur l’entente entre vietnamien et cambodgiens, il aurait été intéressant d’écouter les propos d’un habitant de village flottants afin d’avoir deux versions de l’histoire à l’origine des rivalités à propos de l’implantation des villages sur le Tonlé Sap. Mais nous ne sommes pas en vacances ici pour juger ou prendre un camp pour partie si bien que nous nous ne prenons pas vraiment les propos de Deth au sérieux, bien qu’il y ait une caution de vérité. La beauté de la nature environnante et le silence régnant en maitre sont bien plus apaisants que les discussions économiques et politiques d’autant plus que l’heure du déjeuner approche et que nous avons hâte de découvrir les talents cuisiniers de Deth.

 

 

Et le déjeuner ?

Vers une heure de l’après-midi, nous descendons du toit pour aller déjeuner. Deth se révèle être un cuisinier en herbe ! Il nous fait découvrir une table recouverte de mets qu’il a préparés lui-même avec les ingrédients achetés ce matin au marché.

Nous retrouvons la viande de bœuf que nous avons vue pendue sur les crochets de ferrailles mais tellement succulente que l’on oublie les endroits où elle a trainée…

La viande a été cuite dans une sauce au lait de coco, aromatisée au curry, et autres epices orietales très gouteuse telles que le curcuma ou le safran et mélangée à de délicieuses patates douces, carottes fraiches ainsi que quelques cacahuètes salées qui donnent le croustillant de la recette.

En guise de dessert nous avons droit à de très bon fruits frais qui permettent de faire digérer la lourdeur du plat : mangues et ananas juteux et légèrement sucrés … Puis nous décidons d’achever ce déjeuner par la pratique du sport national autrement dit la sieste, proposition suggérée par Deth qui nous installe des hamacs sur le bateau ; la victoire sera décernée à celui qui fera la plus longue sieste!

 

Un après-midi vers Kompong Chnang

Finalement, aucun de nous ne parviendra à dormir alors qu’un si beau cadre nous environne.

La croisière est vraiment très agréable, au loin outre les villages flottants nous pouvons voir de multiples pagodes et pécheurs en action, quelques vaches et une quantité d’oiseau impressionnante (si l’on a l’œil pour les observer !)

En fin d’après-midi, nous pénétrons dans les espaces reculés de la campagne cambodgienne. Les bidonvilles laissant place aux champs de riz vert émeraude.

La pauvreté ici est beaucoup plus ressentie, les campagnards ne vivent presque de rien ! Les paysans à la peau cacao tamisée, brulée par le soleil portent sur leur visages une certaine innocence.

Leurs corps sont faméliques, certains même voient leurs côtes saillir de leur chair, les joues creuses mais le sourire toujours éclatant à notre passage !

Les enfants dont les parents n’ont pas les moyens de payer leurs études, s’amusent sur les berges du fleuve en criant, sautant et rigolant !

Certains aident leurs parents à la pêche, métier auquel ils sont voués dès leur plus jeune âge sans même qu’ils n’en n’aient eu le choix …

 

 

 

 

Une arrivée sous la pluie

Les confluents du Tonlé Sap 

 

Vers 16h les nuages s’amoncellent à la surface du fleuve et le vent se lève brusquement, ce qui nous oblige à descendre du toit du bateau pour nous abriter. Le paysage s’assombrit au rythme que nous nous approchons de Kompong Chnang. Quelque dizaines de mètres derrière les traces de notre passage, un rideau grisâtre s’abat sur les petits villages. Nous arrivons à l’embarcadère de la ville de Kompong Chnang alors  que la pluie est parvenue à nous rattraper. Nous descendons du bateau sous une pluie féroce ! Les habitants nous regardent tous avec nos parapluies comme si nous étions des bêtes de cirque, Vanna nous attend avec la voiture. Il est 17h et l’après-midi en char à bœuf ne pourra se réaliser à cause du temps si bien que nous rentrons directement à notre «  guesthouse » d’étape que nous avons réservée, le Sokah dont le propriétaire a été forcé de changer le nom a en raison de la construction d’un autre hôtel du même nom dans la capitale : la priorité revient toujours aux plus riches !

 

 

Diner en ville

Ce soir, pour notre diner libre nous demandons à Deth de nous choisir lui-même le restaurant puisqu’il s’y connait mieux que nous …Nous dinons au « White elephant », un petit restaurant local de la ville à l’ambiance très sympathique. C’est notamment au cours de cette soirée que Deth nous initiera à la langue khmère qui s’avère bien plus compliquée que le sri lankais ou l’arabe dont nous avons pu débuter un semblant apprentissage lors de nos précédents voyages. Puis nous retournons nous coucher à l’hôtel.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau