De Phnom Banan à Battambang

 

Cet arrêt au village des pécheurs aura probablement été un de nos meilleurs instants du voyage, inoubliable ! En continuant sur la nationale 5 direction la province de Battambang, j’admire au loin la chaine de montagnes des Cardamomes qui abrite d’importantes réserves naturelles et fut un ancien refuge des khmers rouges chassés du pouvoir…

Nous arrivons en fin de matinée au temple de Banan que nous visiterons après le déjeuner. En parlant de déjeuner, nous nous installons dans un des petits restaurants au pied de la colline qui abrite le temple. Deth n’a encore pas, une fois de plus, fait dans le simple et rapide : il nous a commandé, avant même que l’on arrive sur le site, une ribambelle de plats que  nous n’arriverons probablement jamais à finir ! Avec notre assiette de riz nous dégustons ainsi des plats de nouilles aux légumes, salades de mangue verte au piment, salade de bœuf aux cacahuètes (au départ nous devions avoir des œufs de fourmis mais apparemment il n’y en avait plus…), un poisson grillée entier et notre coup de cœur du jour ; du sanglier mijoté dans une douce sauce sucrée et épicée ! En plus, histoire de nous achever, nous avons le droit à une énorme assiette de fruits frais, pitaya, ananas et pamplemousse vert !

 

Pour nous faire digérer tout cela, 409 marches nous attendent jusqu’au sommet de la colline où se niche le temple ! Deth , un peu trop âgé, ne nous accompagne pas mais se fait remplacer exceptionnellement par Vanna, notre chauffeur. 

Un escalier superposé en plusieurs élégantes terrasses décorées de lions aux gueules acérées et de têtes de nagas (serpents) en pierre a été aménagé tout au long de l’ascension. Nous grimpons les marches en suivant  une cadence relativement rapide mais ce n’est pas tant la raideur des escaliers à laquelle nous faisons attention mais plutôt à l’incroyable paysage sur la province rurale en contrebas qui fait de cette petite colline ventrue et isolée, une véritable perle du royaume Khmer. Quelques moines en toge safran nous suivent de près ainsi que diverses jeunes enfants qui gambadent pieds nus sur les pierres vieilles de près de X siècles.

La construction du temple hindou a débuté dans le milieu du XIe siècle, de superbes linteaux sculptés se distinguent sur le fronton des portes en pierres. On dit que ses différents Gopuras et le sanctuaire central étaient assimilés à des lieux précis : une tour incarnerait la colline, une autre le village, encore une le marché de Banon tandis que les deux autres seraient des représentations des pagodes de Banon Kraom et de Banon Loeu. Malheureusement, une des tours menace de s’écrouler à tout moment mais le budget de rénovation du site serait beaucoup trop important pour qu’il n’ait lieu…

Au sommet, nous enjambons quelques soubassements surélevés en terrasse puis traversons plusieurs encadrements de portes creusés dans la pierre et ornés de linteaux raffinés. Je suis émerveillée par la beauté du temple dont les cinq tours effilées me rappellent la maquette du temple d’Angkor Vat que nous avons vue à la pagode d’argent, (j’ai hâte de voir le temple en vrai grandeur !) Quelques dentelles de pierres souples et fines se distinguent au sommet des frontons de chacune des immenses structures tandis que leurs colonnes sont ornées de nymphes célestes dénommées Apsaras, danseuses aux courbes sensuelles que l’on peut deviner à travers de fines voilures de pierre. Nous faisons plusieurs fois le tour du site, l’observons de points de vue différents, puis enjambons,  tour à tour, pierres écroulés et racines dévastatrices de la végétation dense qui nous entoure. A travers ce paysage vert, les toges sanguines des moines voltigent souplement soulevées par la brise estivale tandis que nos visages s’épanouissent de bonheur…

En redescendant du temple, nous apercevons un panneau qui indique l’entrée d’une grotte située à 350m. Cette-fois ci Deth nous rejoint et nous lui demandons de nous y conduire. Un chemin derrière une des tours du temple mène vers les grottes mais nous ne l’avions pas vu… Il semble que la colline soit presque creuse.

Un mendiant, à l’embouchure de la grotte, nous loue une lampe torche pour pénétrer dans les grottes obscures. A l’intérieur nous croisons plusieurs groupes de jeunes, il y en a même un que je manque de bousculer dans le noir et qui me demande de faire une photo avec lui. Dans l’obscurité, je ne sais pas sûre que la photo rendra grand-chose mais si ça peut lui faire plaisir, alors autant tenter le coup… En avançant dans la grotte nous sommes surpris par des rayons lumineux s’infiltrant par la  cheminée centrale où les chauves-souris ont élu domicile. La visite est très plaisante, il est parfois difficile de marcher sur les pierres glissantes tandis que quelques passages relativement bas et étroits sont moins abordables mais l’agréable sensation d’aventure nous procure une pensée soudaine : nous sommes de véritables spéléologues… Nous ne restons pas très longtemps car très vite la pierre se referme en de fines tranchées inaccessibles si bien que nous sommes obligés de rebrousser chemin. Nous retraversons un petit sentier  au cœur de la nature puis rejoignons Vanna en début d’après-midi.

 

Les vignes du Cambodge…

Sur la route d’O Dambong, où nous devons embarquer sur un bambou train, jouxtant les champs de riz, nous croisons un vignoble ; c’est bien la dernière chose à quoi je m’attendais à voir au Cambodge !! Mais apparemment tout pousse dans ce royaume incertain. Ce domaine viticole de 4ha, Prasat Phnom Banan, produit l’un des vins les plus rares au monde, mais selon Deth , il ne fait pas le poids face au vin français… Ce qui est le plus amusant n’est pas tant de voir un vignoble mais plutôt de voir dans un même paysage  des bananiers, manguiers et goyaviers au milieu des vignes.

Mais c’est quoi le Bamboo train ?!

 

Le « bamboo train », c’est une expérience inoubliable du Cambodge ! Chaque bambou train se compose d’un plateau en bois fait lattes de bambou et posé sur des roues facilement transportables : l’arrière est relié à un moteur à essence qui permet de faire avancer l’engin sur plusieurs kilomètres. Le bambou train, une fois chargé, peut atteindre une vitesse constante de 15 km/h ! Ce système est sans contester le meilleur moyen trouvé sur rail unique lorsque deux trains se croisent dans le sens opposé ! L’un des trains est rapidement démonté et posé sur le sol à côté des rails afin de laisser passer le deuxième ! En général ce sont les hommes qui sont à la corvée avec le chauffeur pour démonter le tout. Arrivés au niveau d’ODambong, nous embarquons sur l’un des « Bamboo trains », alors que le temps laisse place aux nuages annonciateurs d’une grosse pluie en ce milieu l’après-midi …

Le train cahote sur 7 km jusqu’au petit village d’O Sra Lav. A l’arrivée un bar avec une table et quatre chaises en plastiques nous accueille. Quelques enfants virevoltent de joie à l’arrivée des touristes mais l’ensemble parait complètement désert ! Nous marchons quelques mètres pour arriver dans le village mais il n’y a absolument rien à voir mis à part une espèce d’ancien bâtiment en ruine qui constituait l’ancienne gare datant du protectorat français. 

Nous nous promenons dans le petit village presque désert, le comble du paroxysme est que dans ce village pommé nous trouvons une boutique de téléphones des plus modernes !   Nous passons également dans une fabrique de briques en argile qui font en parti l’économie du village.

Une étrange machine sert à fabriquer les moules et trois fours peuvent loger jusqu’à 100 000 briques d’argiles qui cuisent durant  deux semaines. Avant de repartir en bambou train, une petite khmère nous offre une sauterelle qu’elle vient de tresser devant nos yeux avec une feuille de bananier. Nous savourons son sourire lorsqu’elle repart en sautillant avec les 100 riels que nous lui avons donnés en échange … qui ne représentent même pas un dollar, et encore moins un euro.

 

Les geckos de Battambang

Nous arrivons à Battambang dans l’après-midi. Cette ville est assez charmante. L’harmonie d’une cité « moderne » tout en gardant un aspect très traditionnel et un train de vie reposé, en fait une ville unique ! C’est la deuxième ville après Phnom Penh qui repose sur une économie prospère grâce au riz, au bois et à la pêche.

Le Battambang Resort 

 

Deth et Vanna nous déposent à notre hôtel Battambang Resort, un joli hôtel de charme qui sera notre coup de cœur du voyage. En soirée, nous nous rendons en ville. Deth nous propose un des restaurants du centre-ville le plus réputé de Battambang où l’on sert de la nourriture locale. Nous nous y installons, commandons nos repas (riz et légumes fris) et constatons qu’il y a un monde fou, parmi lesquels beaucoup de français mais aucun cambodgien…En rentrant à l’hôtel nous profitons d’une agréable soirée devant de la piscine avant d’aller nous coucher, sous le chant des geckos.

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