Les potiers d'Ondong Rossey et les pêcheurs de Kompong Luong

Ondong Rossey, village potier de la campagne cambodgienne

 

Nous empruntons une jolie route pourpre qui jalonne des rizières vertes parsemées de palmiers à sucre. Ces palmiers font le bonheur des habitants non seulement par leur beauté mais aussi pour leur fonctionnalité. En effet, lorsque les villageois décident d’en couper un, il n’est plus question de parler gaspillage : le fruit bien mûr sert à produire du sucre naturel, son nectar fermenté n’est d’autre que l’ingrédient principal du vin de palmier, son tronc fendu et poncé  sert à la construction des pirogues et cabanes sur pilotis tandis que leurs feuilles à celle des toits !

Sept kilomètre plus loin nous nous arrêtons dans le petit village potier Ondong Rossey, réputé pour ses habitants prodiges en matière de poterie…L’entrée du village est marquée par une large allée de terre pourpre jalonnée de rizières exclusivement réservées aux villageois voisins. Nous nous y avançons tranquillement et faisons quelques mètres à pieds dans la paisible communauté arrosée de soleil. Nous croisons tour à tour plusieurs chars à bœuf se rendant aux rizières ainsi que quelques habitants à vélo à la conquête du marché local situé à proximité du village. Nous passons même devant l’épicerie du village, qui soit dit en passant ne ressemble pas trop à un magasin …

 

Deth nous  conduit chez « la meilleure potière du village » qui nous accueille chaleureusement dans son atelier, sous sa cabane à pilotis ! Diplômée, la jeune mère accepte de nous faire une démonstration de ce qu’elle sait le mieux faire ; la poterie ! L’argile dorée est extraite dans des mines à proximité du village puis broyée pour obtenir une terre qui rougit lors de la cuisson.

Vêtue d’un sari mauve qui lui enserre la taille, elle dépose le nourrisson qu’elle tient dans les bras et nous guide à l’ombre sous la paillasse de sa maison où elle a installé son tour.

Elle y dépose une boule d’argile molle et souple et commence à faire tourner son tour ancien relié à une pédale qu’elle presse successivement pour atteindre la vitesse voulue.

Elle se sert de ses pouces pour esquisser la première forme creuse dans la boule, puis pétrit, tâte, accélère la cadence, lisse, écorche, relisse et affine la forme de ses mains agiles pour nous présenter un superbe vase doré qu’elle vient de réaliser en un rien de temps. Nous lui achetons quelques objets artisanaux puis nous continuons la promenade vers une autre petite maison...

Cette fois, une jeune bachelière de 18 ans nous accueille chez elle. N’ayant trouvé d’autre travail que celui hérité de sa mère, elle est vouée à manier l’argile pour encore bien longtemps… Toutefois, son sourire constant esquissé sur le bout de ses lèvres roses traduit l’espérance, celle de pouvoir enfin être aux commandes d’une vie meilleure…

En attendant, elle aussi nous fait une démonstration de son talent d’autant plus impressionnant car elle ne dispose pas de tour. La démonstration est donc relativement plus lente mais nous en savourons chaque instant. C’est incroyable l’habileté avec laquelle elle manie l’argile rugueuse sans jamais faire un faut mouvement.

Le creux de ses doigts imprègne la terre molle qui prend une forme bosselée. Puisqu’elle travaille sans tour, le vase qu’elle réalise s’achèvera sur une période de deux jours en prenant soin de faire reposer et durcir l’argile durant diverses étapes successives si bien que nous ne le verrons pas termin. Amandine tente de reproduire les gestes de la jeune femme sans trop de succès !

 

Avant de repartir, nous marchons  jusqu’à l’entrée du village où nous avons repéré un paysan travaillant aux champs avec son char à bœufs. Nous traversons les rizières aux endroits les moins boueux afin de nous rapprocher tout en restant les plus discrets possibles. Puis une fois que nous sommes assez près, nous l’épions longuement durant son travail laborieux, qui nous le lisons sur son visage, ne lui procure aucun bonheur …

 

En route pour Kompong Luong, le village des pécheurs !

 

« Les villages se découpent en fonction de leur secteur d’activité et de profession » nous explique Deth.

Sur la route, nous croisons le petit village Phnom Santuk qui jouxte Ondong Rossey. Après le village potier, le village des graviers ! La butte rocheuse permet aux habitants d’extraire des blocs de pierres qui une fois martelés fournissent des gravillons à foison!

Et ici, tout le monde s’y colle, enfants, parents et grands-parents, toute la famille est réunie pour casser  à longueur de journée des cailloux. Le comble des habitants fait qu’ils ne gagnent que la maigre somme de 14 à 20 dollars maximun le mètre-cube de gravats !

 

Depuis les petits villages artisanaux, nous quittons la route départementale pour emprunter la nationale 5. La circulation y est tout de suite plus dense.

Malgré quelques trous, cette route rectiligne vaut largement nos  routes de campagnes occidentales. Nous parvenons, 80 km plus loin dans la province de Pursat. Nous quittons la nationale 5 pour un petit chemin caillouteux qui nous conduit à l’entrée du village de Kompong Luong.

Ce petit village flottant possède d’impressionnantes cabanes sur pilotis d’un gros nécessaires au village de pécheur. Sur place, une villageoise fait faire le tour des maisons flottantes durant une bonne heure dans sa petite barcasse à moteur. C’est fantastique de voir à quel point les gens se sont adaptés pour vivre ici.

 

 

Les maisons se déplacent, sur leurs structures de bambou, selon le niveau de l’eau du Tonlé Sap. Même sur l’eau, les gens ne se privent pas du confort: école, boutiques, gendarmerie, maison, station essence, mairie, salle des  fêtes…, et même une église ! C’est la première fois que je vois cela ! La population du village se montre très enthousiaste à notre  passage. J’ai vraiment l’impression d’être une célébrité défilant sur le tapis rouge du festival de canne alors que, pourtant, je suis loin d’être une de ces idoles aux caractères egocentrique. En tout cas, tous les enfants se pressent sur le pas de la porte pour nous saluer tandis que les parents s’interrompent dans leur travail lorsque nous franchissons leur maison ! De loin, nous assistons même à un mariage donné dans la salle des fêtes du village que nous reconnaissons par la musique festive très dansante !

 

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