Le Bilan

 

Encore une fois il est bien difficile de conclure ce voyage sans en écrire un roman… Le Cambodge est un pays surprenant cavalant derrière lui un lourd passé, gravé dans les mémoires à tout jamais. Je crois que je n’aurais jamais mieux compris la souffrance d’un peuple encore humilié et ternis par la sombre période Khmers Rouge sans avoir mis les pieds sur cette terre chargée de cicatrices. Je demeure fière et impressionnée à la fois, d’avoir eu la chance de pouvoir entendre de mes propres oreilles  le témoignage d’un vétéran de la guerre civile qui fut un guide irréprochable durant notre périple à Angkor. Je sais que la plupart des gens de mon âge, désintéressés, n’auront peut-être plus la chance d’ici quelques années lorsque les derniers survivants s’éteindront définitivement dans l’ombre… De plus nous avons rapporté un cadeau inestimable de cette escapade; la signature d’un des sept derniers rescapés de la tristement célèbre prison S-21, qui fut un des centres de torture des plus sanguinaires de toute l’Histoire et dont le principal dirigeant, Dutch, est encore en vie  à l’heure où j’écris ! Même derrière les barreaux il y a tout de même des paroles extrêmement froides et inhumaines prononcées par l'ex- Khmer rouge parmi lesquelles émerge une phrase restée très célèbre : « Je tue pour ne pas être tué ».

En revanche, un propos du meurtrier m’a particulièrement marquée lorsque j’ai pu terminer la lecture du témoignage de Rithy Panh l’Elimination, livre dans lequel Dutch affirme la folie de ses actes témoingnant de son côté inhumain. "Certaines choses allaient au-delà de l’acceptable, pourtant je les ai faites" avoue-t-il avec sang-froid .Pourtant cela ne semble pas moins l'ébranler. Comment comprendre la psychologie de ce personnage qui ne semble pas avoir honte d’exhiber ses propres actes ? Certaines personnes affirment que le génocide de Pol Pot (3 millions de morts), ignoré et délaissé des livres d’Histoire, fut bien pire que celui engendré par Hitler. Après avoir mis les pieds au Cambodge, après avoir vu et compris à travers la visite de la maison de Ta Mok, Tuol Sleng (S-21) et par la découverte de multiples témoignages et nombres de visages réticents, je dois avouer que j’ai été convaincue par cette affirmation. Et ce même dans l’affreuse mesure où j’ai réellement conscience que des milliers d’innocents, beaucoup trop, périrent sous les sbires du dictateur allemand. Les génocides sont des choses qui nous dépassent.

En somme, je ne voudrais pas trop m’attarder sur cette sombre histoire qui hante le Royaume du Cambodge depuis des décennies, car après tout, celui-ci n’est pas qu’un martyr… Outre cette période relativement ressente, le royaume khmer eut la chance d’hériter d’un cadeau inestimable, lequel nous guide sur les traces d'un héritage peu commun : les incontestés temples d’Angkor.  Ces merveilles façonnées par les mains khmères entre le Xe et le XVe siècle témoignent du génie architectural et artistique de ce petit peuple asiatique au grand cœur. Comment ne pas succomber au charme de ces bijoux de granit et de latérite ? Comment ne pas ressentir l'incroyable souffle mythique que ce chef d'œuvre dégage si aisément, émergeant des entrailles rocheuses ? Cette cité ancienne n'est-elle pas imprégnée d’une magie perdue à travers les âges ? 

Oui, je crois que c'est cela. Une magie qui ne peut se décrire à travers quelques filets d’encre jetés sur une page blanche… Evidemment, ce ne sont pas quelques clichés en couleur qui permettront d'en fournir l'ultime clé. Tous les voyageurs revenus d'un périple au pays Khmer affirmerait la chose suivante : il faut y être allé au moins une fois dans sa vie. L'inverse serait une opportunité perdue. Alors, une et unique solution est possible. Prendre le premier vol pour le Cambodge. Emprunter une voiture, un tuk-tuk ou même un vélo, bref : n’importe quel moyen de transport permettant de parcourir un long chemin à travers une jungle luxuriante ponctuée d’obstacles sur des routes caillouteuses. Enfin tomber au pied des temples montagnes qui vous humilient de toute leur splendeur. S'asseoir, Regarder, Respirer à plein poumons l’âme mythique de cette cité endormie. Se laisser transporter quelques siècles en arrière… et redécouvrir par soi-même cette ville oubliée avec la même émotion que ses découvreurs quelques années plus tôt… Rêver. Tout simplement.

C'est ce que j'ai fait et j'en reviens fière avec le souvenir d'une aventure inoubliable.

Egalement nous n’oublierons jamais notre chauffeur Vanna « le roi de la sieste » et notre guide Deth qui furent exceptionnels tout au long du voyage. Nous avons beaucoup ri sous les pluies torrentielles et lors de l’escapade à Preah Vihear qui ne fut pas de la rigolade pour tout le monde... Je dirais aussi, qu’au terme de ces quelques semaines plongées dans le cœur des frontières du  royaume khmer, nous avons appris à vivre au rythme cambodgien. Nous garderons toujours en mémoire notre long itinéraire dans la jungle, l’authenticité locale, la découverte des temples de Preah Vihear mais aussi les virées au cœur de la capitale et ses sœurs où nous avons découvert les marchés, la cuisine, la culture et la langue khmère …sans oublier la campagne , les tarentules grillées, les Pnongs et les Tompuons, ces mosaïques ethniques source de mystères inviolés, les routes pourpres de Ratanakiri, les pâturages verdoyants du Mondolkiri, les dauphins du Mékong, les paysages exceptionnels, les sourires contagieux et inoubliables d’un peuple si accueillant, leurs yeux pétillants et le contact avec leur peaux cacao tamisé. L’innocence des enfants si joyeux. Enfin, nous ne pourrons jamais repenser au Cambodge sans nous souvenir de ses RIZIERES, des rizières verdoyantes à perte de vue. L’or vert du royaume Khmer. La boussole d’un peuple déboussolé…

 

 

Doré Elisa, Juillet 2013

 

 

 

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