De Ban Lung à Kratie

Départ pour Kratie

Une agréable nuit de repos aura contribué à nous rendre frais et de bonne humeur dès notre réveil en ce 25 juillet. Cette matinée signe nos dernières heures dans la province du Ratanakiri  mais le début d’un périple vers le sud avant de terminer notre séjour par quelques jours dans la station balnéaire la plus attractive du pays, Sihanoukville. Avant de quitter le Ti Ath Lodge, nous prenons notre dernier petit déjeuner chez le propriétaire français qui a installé son restaurant à proximité de l’hôtel; une fois que nous avons gouté ses merveilleux pancakes dorés, il est difficile de revenir au pain et au beurre français !

 

Nous mangeons rapidement, rassemblons nos affaires puis rendons les clés des chambres aux directeurs du Ti ath Lodge avant de nous échapper en direction de la ville de Kratie. Il est 7h , Deth et Vanna sont toujours présents au rendez vous, nous pouvons entamer une longue route  de 250 km, qui sépare Ban Lung de notre destination, après quoi nous nous dépêcherons de gagner Sen Monorom dans la soirée , chef-lieu de la province du Mondolkiri situé à 250 km de Kratie : le programme promet d’être très chargé !

L’appel des dauphins de l'Irrawaddy

Sous un ciel légèrement orageux, nous réempruntons la route que nous avons déjà suivie de Steung Treng en venant à Ban lung. Grâce au revêtement goudronné et parfaitement lisse de la route, la durée du trajet dans cette partie de la région est diminué de plusieurs heures, ce qui n’était pas forcément le cas l’année précédente lorsque débuta tout juste sa construction. Nous arrivons donc très rapidement à Steug Treng, puis, sans faire d’arrêt étant donné que nous avons déjà visité la ville précédemment,  nous continuons le chemin vers Kratie. Evidement la route les travaux ne sont pas parvenus jusqu’à la ville située en bordure du Mékong, ce pourquoi le voyage sur une route terreuse agrémentée de nids de poule, promet de nous alangui aussi rapidement que nous sommes arrivés à Steung Treng

Deth nous informe que cette route, que l‘on aura tendance à appeler piste en comparaison de son état miséreux, ne fut construite qu’un an auparavant, ce dont nous avons d mal à croire sur un simple coup d’œil. Si l’on s’amuse à opposer l’état des routes construites sous le protectorat français, autrement dit un demi-siècle auparavant, cette route « nouvelle », dont le revêtement ne parvient pas à tenir pas debout fait figure pitoyable voire scandaleuse face à ses ancêtres bin plus solides! Deth met en cause la déchéance du niveau de qualification de la nouvelle génération de main d’œuvre qu’il juge « fainéante » et « incompétente », tout en ayant conscience de l’absence de moyens financiers fournis par le gouvernement.Finalement nous ne trouvons pas cela trop dérangeant étant donné que nous profitons de la lenteur du véhicule pour admirer les paysans travaillant aux rizières ainsi que les impressionnantes plantations d’hévéas, mais il est tout à fait acceptable que cette partie du territoire bénéficie de routes convenables permettant une voie de communication vers les villes pour les habitants ruraux en périphérie.

En fin de matinée, vers onze heures, nous arrivons à Kratie, agréable petite ville longeant le MékongLa bourgade se manifeste par ses quelques bâtiments coloniaux et ses charmantes cabanes sur pilotis qui jalonnent la vielle route aux abords du Mékong. Cette route, sur laquelle nous pérégrinons désormais, est beaucoup plus apaisante et dans un état meilleur que la pite terreuse que nous sommes heureux de quitter : le paradoxe est qu’elle est ancienne de plus de 50 ans ! Mais assez parlé de route. Le cadre est magnifique. Le sentier se faufile dans la jungle tel une anguille en cavale,  bordé de part et d'autre par de belles maisonnettes sur pilotis et de palmiers fruitiers,

Le bateau démarre. Nous appréhendons ce moment depuis longtemps. Allons-nous apercevoir des dauphins d’eau douce, légendaires dans l’ensemble du territoire, ou seulement les rapides du Mékong se déverser en de larges rubans soyeux vides de vie? En envisageant le pire des cas, nous nous consolons en voyant le soleil se manifester face aux nuages auxquels il ne semble pas vouloir céder sa place. Nous traversons une bonne partie du Mékong dans sa largeur où les eaux sont relativement agitées puis parvenons au bout de quinze minutes de trajet dans un endroit plus calme où la végétation se fait plus dense.

Le guide coupe le moteur de l'embarcation et s’accroche à l’un des buissons le plus proche pour éviter que notre embarcation ne se fasse emporter par le courant puissant. Nous sommes plusieurs bateaux de touristes à patienter longuement sur le confluent, mais pas assez au point de faire fuir les dauphins,  si tenté qu’ils veuillent bien se montrer.

Selon les dernières recherches biologiques effectuées sur les spécimens attractifs, les statistiques comptabilisant l’effectif total de cette population ont une tendance plutôt très décevante : en effet, il resterait seulement 60 spécimens dans cette partie du fleuve auxquels nous ajoutons les 6 près de la frontière du Laos pour un total de 66 au Cambodge 

La raison de leur extinction progressive serait due à leur capture intensive ces dernières décennies, notamment sous les régimes sanguinaires des khmers rouges qui les chassaient massivement pour en extraire l’huile rare contribuant l’essor d’un commerce florissant. Aujourd’hui le pays se bat pour tenter de préserver l’espèce mais le combat demeure difficile et improbable.

 

Nous patientons.

Silencieux.

N’osant même pas respirer. Au cas où les dauphins seraient dérangés par le bruissement de nos souffles saccadés.

Mais nous n’avons plus à nous inquiéter. La chance tourne très vite de notre côté. Au loin, illuminés par les rayons d’or et de diamants, nous apercevons quelques ailerons grisés affleurer à la surface puis plusieurs fronts bombées, perçant la tranquillité du fleuve. Le moment s’imprègne de magie et nos excitations s’accentuent lorsque les mammifères se rapprochent avant que nous les voyions disparaitre dans les profondes eaux boueuses. Quelques mètres plus loin, nous les revoyons effiler la surface de l’eau mouvementée qui les engloutie définitivement après plusieurs minutes insondables. Quel spectacle exceptionnel ! Prendre des photos s’avère impossible, mais finalement le mode « rafale » se révèle très pratique… Nous distinguons plusieurs familles regroupées certaines comptant jusqu’à trois ou quatre dauphins mais après une heure d’observation un bateau de touristes redémarre pour rejoindre la rive du fleuve, ce qui engendre la fuite des dauphins et notre retour précipité sur la terre ferme.

Déjeuner à Kratie

Dauphin de L'irrawaddy

 

Cette chasse aux dauphins nous aura ouvert l’appétit ! Vanna nous conduit dans un restaurant local en bordure de fleuve, Deth nous fait commander du poisson et du sanglier que l’on se partagera avec le plat de riz. La spécialité du restaurant est normalement la préparation du chevreuil mais apparemment aujourd’hui la viande ne fait ps partie de la carte. Nous nous rabattons donc sur nos deux énormes poissons grillées arrosés d’une sauce aigrette ainsi que le sanglier frit dans une sauce légèrement épicée accompagné de rondelles de tomates vertes. Avec tout ça il sera difficile de caler le riz mais nous trouverons bien une petite place.

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