Soirée dansante chez les Phnongs

Spectacle et Danses chez les Phnongs

Cette fin d'après - midi se déroule dans la tranquilité : rencontre avec les minorités Phongs du village Putaing puis balade à dos d'éléphants. Lorsque nous entendons les appels retentissants des villageois, nos consciences émergent du rêve pour se heurter à la réalité. Nous reconnaissons le chef et sa femme avec leur famille et d’autres jeunes filles du village qui se sont vêtus pour le spectacle. Les tenues traditionnelles qu’ils vêtent fièrement ont été conçues par leurs aïeux selon l’art coutumier transmis de générations en générations. Les motifs complexes à formes géométriques très colorées des robes des femmes et des costumes des hommes sont assortis à de bijoux artisanaux, des colliers à plumes, des bracelets à clochettes et, pour les jeunes filles, de très belles boucles d’oreilles dotées de pompons en laine rouge qu’Amandine ne tarde à repérer, et avec lesquelles elle aimerait compléter sa collection. Malheureusement aucune jeune fille n’accepte de nous les vendre, ce qui s’avère compréhensible s’il s’agit de bijoux uniques produits des habiles mains de leurs mères.

 

 
L’ensemble des danses auxquelles nous allons assister portent autour du culte voué au riz dans lequel les croyances animistes placent un esprit spirituel. Elles se fragmentent en différentes étapes correspondant à la récolte quotidienne du riz par les paysans dans les champs. Les jeunes filles conduites par un adolescent Phnong d’âge mûr, se préparent à danser ; elles jacassent et se délectent du moment précédant la représentation en prenant des fous rires qu’elles ne peuvent s’empêcher de pousser à cause du stress lié au public, autrement dit papa, amandine, moi , Deth et Vanna.

En patientant, les jeunes assistent, tout comme nous, à une étrange cérémonie initiatique pratiquée par les plus anciens du village parmi lesquels nous reconnaissons le chef et sa femme dans leurs costumes de spectacle. Ils testent d’abord le son de leurs étranges instruments et débutent le spectacle par l’invocation des esprits de la forêt. Tous  s’accroupissent circulairement autour d’une lourde marmite remplie d’alcool de riz et prononcent certaines prières et paroles sacrées en l’honneur des esprits.

Nous ne percevons que de lointains marmonnements, des souffles saccadés, des paroles étrangères et des chuchotements qui se mêlent aisément aux rires des jeunes filles, dans une atmosphère très religieuse. Papa est lui-même invité à prendre part au rite.

Il se lève sous les instructions des anciens, puis s’accroupie avec eux autour de la marmite, le chef spirituel lui tend un verre de nectar fermentant dans la jarre depuis l’ancienne récolte de riz: il le bois cul sec selon ce que lui indiquent les hommes, qui lui proposent alors un second verre d’alcool fort. Néanmoins il ne s’en tiendra qu’à un seul, avant de nous rejoindre sur le banc où nous attendons le commencement des danses. 

La cérémonie religieuse prend fin et ainsi nous observons les musiciens se placer debout en ligne face à leur public. 

A nous-même s’ajoutent quelques enfants du village venus profiter d’un spectacle aux dernières lueurs du soleil, au terme duquel débutera une fête intime entre les villageois qui se caractérisera surtout par l’absorption d’alcool de riz à forte dose.Ils introduisent le spectacle par la présentation de leurs instruments qu’ils semblent maitriser à la perfection. Beaucoup d’entre eux portent, sous leurs aisselles, de lourds tambours dotés d’une peau de bête tendue, qu’ils frappent par intermittence pour créer un rythme entrainant auquel se joignent plusieurs instruments à vent. Nous identifions, parmi ceux-ci, une impressionnante corne muse qui offre une mélodie radieuse à l’ensemble de l’orchestre dont les retentissements nous donnent la délectable envie de nous lever et nous joindre à la foule dansante.

 

 

Les danseurs se placent les uns derrière les autres à gauche des musiciens, le jeune homme torse nu vêtu d’une tunique flamboyante qui lui tombe au-dessus des genoux, se munie de deux bâtons. Avec chacun d’entre eux, il effectue un mouvement régulier de va et vient vers le sol comme s’il voulait percer la terre de toutes ses forces, tout en avançant sur la scène (le sol) sur un motif d’arc de cercle dont la base est la ligne de musiciens qui n’interrompent pas leur art. Derrière le jeune homme, suit une brochette de belles danseuses qui se déhanchent au rythme des instruments, guidées par les seuls pas du garçon, meneur du spectacle. Lorsque la dernière jeune fille est entrée en mouvement, la danse prend forme et atteint son apogée musicale : les danseurs en file indienne se dirigent vers les musiciens tout en continuant le piquage avec les bâtons et synchronisant leurs pas comme s’ils n’étaient plus qu’une seule et même personne. Cette danse représente une scène du piquage du riz avant la semence.

 
 

Puis, lorsque les jeunes atteignent les femmes musiciennes après avoir effectué un premier arc de cercle, ils rejoignent l’extrémité opposée de la file de musiciens pour recommencer ce même tour une seconde fois puis une troisième et une quatrième fois… : chaque danse correspondant à une scène de travail. Pour la seconde danse, les jeunes filles se munissent d’un panier en osier qu’elles accrochent autour de leur taille, le jeune homme laisse tomber ses deux bâtons et entraine l’enfilade de danseuses sur des pas différents que lors de la première partie du spectacle. Dans ces gestes dansants, nous reconnaissons  les mouvements effectués par les paysans lors de la semence du riz.

Pour la troisième danse, les jeunes troquent leurs paniers pour des espèces de grands paniers plats en osier lesquels leur servent pour la récolte du riz tandis que le jeune homme reprend ses bâtons. Les jeunes filles le suivent toujours mais cette fois, nous remarquons que la danse est plus physique : elles s’accroupissent, ramassent symboliquement les pousses de riz, se lèvent et remplissent leur panier des grains qu’elles viennent de récolter et le remue latéralement sur le son régulier des tambours : elles recommencent se mouvements plusieurs fois avant d’atteindre les musiciens.

Ensuite, sans laisser leur panier plat sur le côté, elles reprennent le panier en osier qu’elles font tomber sur leurs hanches sensuelles. Et le quatrième tour consiste à la dernière étape de la récolte du riz qui est son écorçage : cette fois, ce sont elles qui passent devant le jeune homme qui s’intègre à la fin de la file indienne. Les mouvements de cette dans paraissent assez simples : les filles miment leurs mères qui ramassent le riz, le trient et une fois dans leurs mains, elles retirent la fine peau qu’elles jettent dans le long panier plats, tandis qu’elles conservent le grain précieux dans le petit panier en osier enserrant leur taille.

Et la Cuisine ...

 

Le spectacle se termine par des applaudissements retentissants, des sourires et des acclamations de notre part, les villageois nous invitent ensuite à danser avec eux, Deth nous avait prévenu que refuser leur invitation aurait été compris de manière péjorative,  un signe d’impolitesse de notre part, ce pourquoi nous ne refusons pas. Ils nous montrent quelques gestes basiques puis, tous ensemble, nous créons une grande ronde. Encouragés par les danseurs que nous tentons de suivre sans trop de succès, nous nous habituons aux mouvements rapidement, mais ayant compris que nous ne parviendrons à les effectuer à la perfection, nous arrêtons sur les rires des jeunes. C’est à notre tour de recevoir les applaudissements. Avant que le spectacle ne s’achève totalement, Papa demande aux musiciens d’essayer un de leurs instruments. Néanmoins, le son procuré n’est pas tout à fait le même que celui attendu… !,  Ensuite les bruits se calment, le silence de la nature reprend ses droits, la nuit nous enveloppe d’un voile léger qui s’obscurcit au fur et à mesure que les minutes progressent dans le temps. Les danseurs se retirent dans la maison, se changent, touchent leur argent et s’en retournement vers la ville sur le siège de leur scooter et téléphone à la main …  Les aïeux, les enfants et quelques danseuses restées au village ont l’air particulièrement heureux, surtout le chef, de voir les photos que nous avons prises durant le spectacle : la seul chose qu’ils nous demandent est de leur envoyer ces quelques clichés une fois que nous serons retournés en France, ce que nous aurons soin de faire.

En temps normal, nous aurions dû passer la nuit sous les tentes chez les Pnongs mais en prévision de l’orage, nous avons annulé la nuit de campement. Comme nous avions prévu de diner à la belle étoile, nous décidons que nous partirons une fois le diner terminé estimant dommage de gâcher la soirée pour peu. Deth termine de préparer le repas pendant que nous nous installons sur le plancher d’une cabane à pilotis située juste à côté de la maison du chef. Nous sommes légèrement dessus d’apprendre que nous n’allons pas diner en compagnie des minorités mais reconnaissons qu’au niveau langage, nous n’aurions pu tenir une conversation normale étant donné que nous ne parlons pas leur dialecte, tout comme eux ne parlent ni français ni anglais.

Assis sur un tapis traditionnel à la lueur d’une bougie et d’une lampe torche, Deth nous apporte trois grosses assiettes de poissons grillés provenant du marché de Sen Monorom. L’odeur des grillades mêlées à l’arôme des épices orientales éveillent nos papilles désireuses de gouter à la chair tendre du poisson. Le plat est accompagné de riz blanc et de légumes cuits à la vapeur. L’ensemble nous parait bien trop généreux, mais d’une finesse succulente.

Nous terminons tranquillement notre diner sous le regard humiliant de l’univers au coucher du soleil. Nous n’aurions pas pu rêver de mieux : un ciel lunaire dégagé, serti de nombreuses pointes scintillantes que nous observons longtemps : constellations, étoiles filantes, nébuleuses,  l’univers est si beau, si envoutant, indescriptible et discret à la fois, c’est pour cela que les gens des villes ont tendance à oublier qui ils sont, face à l’immensité de notre souverain universel. Tout simplement parce qu’ils ne recherchent que la surface des choses, l’esthétique humain. Ils se laissent vivre. Guidés par la nature.

 

Dans la soirée nous quittons les Pnongs qui eux ne comptent pas stopper la fête de si peu , ils ont prévu de boire des jarres entières d’alcool de riz jusqu’à l’aube prochaine tandis que nous rentrons au Pitch Kiri Hotel pour une seconde nuit dans les montagnes. Demain nous aurions dû faire une journée de trek à dos d’éléphants mais comme nous l’avons déplacée aujourd’hui, nous sommes libres de continuer le voyage dans le sud.

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