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Après-midi chez les Phnongs au village Putaing

Une rencontre inoubliable

 

En ce début d’après-midi, Vanna nous conduit aux abords du village Putaing situé sur les hauteurs isolées du Mondolkiri. Nous pérégrinons jusqu’à l’entrée du petit village par un chemin sinueux, de couleur pourpre et sang, se faufilant  à l’horizon des verts pâturages d’éden. Mondolkiri signifie « rencontre des collines », en raison de ses reliefs montagneux. Pendant la saison des pluies, la végétation dense colore le paysage d’un pigment vert royal semblable aux petits amoncellements de vallons caractéristiques de la lointaine Suisse. L’air au sommet des monts est pur, le silence et la tranquillité semblent nous combler et faire rejaillir, du plus profond de nos êtres, une agréable sensation de liberté mêlée à l’intense  joie de prendre part à l’expression si vivante et magistrale de la Nature. Les nuages cotonneux arrosent le paysage d’une lourde averse brumeuse et mouvementée, les vents domptent les vallons bombés et les collines verdoyantes. Le piaillement des oiseux et le battement de leurs ailes embellissent le silence régnant des montagnes solitaires tandis que le parfum délectable des arbres fruitiers, de la terre humide et des feuilles mortes enrobe l’atmosphère d’une douceur suave.

 

 

Nous nous garons près d’un vaste pâturage verdoyant faisant partie du village. Le silence et la solitude confèrent à la communauté rurale un caractère mélancolique et refermé, la pluie tambourine au sommet des toits des quelques cabanes en bois plantées profondément au milieu des vallons auxquelles elles se rattachent, semble-t-il, par d’épaisses racines indestructibles. Une fumée presque invisible s’échappe de la fenêtre de l’une d’entre elle. La Nature est sacrée : elle n’ jamais était aussi proche de l’homme qu’en ce lieu. Avant de faire la rencontre avec les minorités animistes, nous avions prévu d’entamer une balade à dos d’éléphant dont la région fut fortement peuplée par le passé. Malheureusement, elle perdit nombre de spécimens en raison du braconnage massif pratiqué par les hommes ces dernières décennies, au point de provoquer leur entière extinction à travers le royaume entier. Aujourd’hui, il n’existe plus d’éléphants à l’état sauvage en pays khmer, seulement quelques pachydermes apprivoisés, qui demeurent la fierté des ethnies ayant choisi un mode de vie naturel et éloigné de la civilisation citadine. Par ailleurs, si la pluie continue ainsi nous avons peur de devoir annuler la promenade. Pour le moment, nous prenons la décision de nous abriter dans la voiture et de ne pas en sortir avant que la pluie ne se calme ou que nous voyions les éléphants émerger de la rivière localisée de l’autre côté de la colline. Il s’agit d’un endroit très prisé par leurs dresseurs qui les y emmènent fréquemment pour qu’ils puissent se rafraichir et se réhydrater. Nous nous occupons à protéger nos trois sacs à dos à l’aide de papier plastique et patientons gentiment dans la voiture, accompagnés de notre guide et conducteur.

Le village est habité par l'ethnie Phnong. Cette peuplade ethnique du Cambodge représente la majorité de la population de la province entière du Mondolkiri. Autrefois, les Phnongs étaient désignés sous le nom de "montagnards" et ce, par le biais de l’adoption de mœurs étroitement liées à la nature dont ils ont puisé certaines ressources pour l’édification de leur modeste habitat au cœur des collines boisées. Aujourd’hui il semble qu’ils soient toujours dissimulés au reste du monde, dans l’ombre de leur cabane. Leur vie se résume à très peu. 

Vivant de leur maigre agriculture, leur occupation principale reste celle de la récolte du riz qu’ils pratiquent à l’année. Par ailleurs, ils rythment leurs journées par l’accueil des touristes auxquels ils acceptent de dévoiler leur mode de vie, leurs religions, et leurs pensées en échange de dons qui permettent de les maintenir eux et leurs progéniture ; le but étant de ne pas laisser la lignée s’éteindre et donc d’assurer la relève de générations suivantes, malheureusement influencées par la mondialisation. L’élevage de poules et de cochons, la cueillettel’entretien des éléphants, le coupage du bois, ainsi que les corvées ménagères incombent à leur vie quotidienne tandis que les plus jeunes s’en vont parfaire leur éducation à l’école la plus proche.

Tout comme les Tompouns, que nous avons visités au cours de notre voyage, les Phnongs sont un petit peuple animiste (lat. animus, i, m : l’esprit) : leurs  multiples croyances concernent des divinités surnaturelles, incarnées par un esprit puissant et spirituel. Ils placent leurs pensées autour de l’exaltation d’âmes divines faisant l’objet de personnification d’éléments présents sur Terre. Ils attribuent une âme spirituelle à tout ce qui touche à leur quotidien : cela peut valoir aussi bien pour les êtres vivants incluant faune et flore, que pour les éléments naturels ou de simples objets qu’ils estiment supérieurs intellectuellement et donc, auxquels ils attribuent la capacité de protection de leurs êtres. Les esprits peuvent donc incarner de multiples éléments tels que le sable, le bois, les arbres mais encre plus important, le riz ! Ces âmes ou ces esprits qui rythment  le cours de leurs vies agissent sur leur univers de façon plus ou moins positive, d’où la nécessité de leur adresser sacrifices et offrandes afin de leur démontrer leur humilité. C’est la raison ou laquelle, les cérémonies religieuses qu’ils fêtent régulièrement sont fermées au public, étant donné qu’elles ne concernent que leurs croyances. En revanche, ils proposent des balades en éléphant et des spectacles de danses, ouverts aux touristes curieux.

En attendant que nous puissions emprunter leurs éléphants pour une promenade aux alentours de la rivière et des vallons luxuriants, le chef du village nous fait pénétrer dans sa cabane. Pour ses 82 ans, nous remarquons premièrement qu’il possède une incroyable force, à a fois physique et mentale, qui lui procure la gentillesse et la compassion que nous attendions trouver au cœur de ce cadre isolé et pur, loin des lieux dits « civilisés »  où les mœurs font que les gens n’ont plus soin à faire preuve d’humanité.Malgré ses genoux cagneux, la peau vieillie par les périples du temps et son corps amaigris , il semble qu’il ne souffre point, ni de l’être ni de l’âme, ces derniers le comblent paisiblement. Son cuir chevelu est ceint du krama traditionnel, et nous remarquons qu’il arbore fièrement deux luxueux bijoux traditionnels aux oreilles.Il s'agit de deux morceaux d’ivoire circulaires d’un diamètre de trois centimètres environ. Ceux-ci sont un bien précieux  qu’il a hérité de ses aïeux selon les coutumes locales. Il le transmettra par la suite à ses enfants, afin de préserver l’espoir que l’ethnie face à l’influence mondiale.

Les bijoux d’ivoire, d’un point de vue strictement symbolique et non pas esthétique, prouvent, par ailleurs, la grandeur de son statut de chef du village et, par conséquent, indiquent son niveau de richesse au sein de la tribu. Seul les hommes du village possèdent le droit d’en porter : dès le plus jeune âge, on leur perce le lobe de l’oreille, puis, au fur et à mesure de leur croissance on leur implante un bijou de diamètre supérieur, la grosseur est donc fonction croissante de leur richesse, de leur importance au sein de la communauté mais aussi de leur âge.

Le chef qui nous offre l’hospitalité, occupe la fonction de supérieur depuis plus dizaines d’années, sans que les autres villageois n’éprouvent le besoin de le remplacer, étant donné qu’il possède la sagesse légendaire des anciens. Son visage abimé par la vieillesse garde un sourire sincère et ses yeux pétillants, la délicatesse naturelle avec la précision d’une vue sans faille contrairement à ses dents, dont il a perdu la majorité, et par conséquent, l’usage complet. Sa peau foncée garde les traces de quelques cicatrices, que nous imaginons liées à un passé douloureux. Il vêtit des guenilles trouées et délavées sur lesquelles nous devinons des motifs khmers propres à l’œuvre des femmes de leur tribu, qui contrastent avec sa peau caramélisée. Quotidiennement, ce personnage empreint d’un charisme exceptionnel et d’une personnalité humble, déambule dans la nature de ses simples pieds nus, ne comprenant l’usage des chaussures. De même que l’aspect physique est un domaine qui dépasse son esprit animiste.

 

Sa cabane, d’architecture rectangulaire, semble aménagée de façon très symétrique et rudimentaire. Nous entrons par une étroite porte composée de fines plaques de bois sombre. Après quoi nous accédons à une estrade surélevée que nous grimpons. A partir de celle-ci nous percevons une petite allée d’un mètre de largeur tout au plus et de deux mètres maximum dans le sens de la longueur. Celle-ci prend fin à l’entrée d’une seconde pièce, bien plus petite encore que nous prenons pour la cuisine, en raison des odeurs de nourriture. Aucun meuble, ni même de chaise aménagent l’unique pièce dans laquelle nous nous tenons ; celle-ci accueille toute la famille, qui ne possédant pas de chambre individuelle, se voit obliger de partager cet espace extrêmement restreint.

Le couloir déambulatoire, qui se tient devant nous, apparait tout de même aménagé, sur chacune de ses extrémités, de deux larges planchers de bois surélevés qui assument les fonctions de banc, de lit et de garde-manger pour toute la famille, c’est en quelque sorte le « salon reposoir » de la maison. Le couloir plutôt étroit mène directement à la cuisine, située au fond de la cabane, d’où émane une irrespirable odeur de graillons. Les conditions de vie dans cette habitation sombre demeurent oppressantes et très peu intimes, l’absence d’eau potable et d’électricité poussent  les enfants à quitter le plus rapidement le foyer familial afin de se fondre à la masse citadine, dès que leur âge le permet bien sûr ; néanmoins très peu parviennent à gravir l’échelle sociale comme ils l’avaient imaginé.

Le chef nous offre des places sur le banc : nous nous asseyons d’abord hésitants, puis voyant notre gène, il tente de nous faire prendre nos aises, en commençant par nous présenter à sa femme qui se révèle une personne extrêmement attachante et ouverte d’esprit. Agée de 56 ans, celle-ci a le mérite d’avoir le eu le courage de donner naissance à sept enfants depuis qu’elle eut appris sa nature féconde, elle nous apprend également que ces sept enfants ne possèdent pas tous les gènes du même père puisque l’homme qui nous accueille est en réalité son second époux. La plupart d’entre eux ont déjà quitté la maison familial, certains ont même gravit l’échelle sociale en devenant professeurs et instituteurs en ville mais beaucoup ont également échoué du fait de leur mœurs différentes, et cela ne concerne pas seulement les enfants du chef, mais ceux de la communauté entière. Pour ceux qui sont parvenus à se faire une place, leur vie à la ville ne les feront jamais revenir à l’état de « vie sauvage » et rudimentaire telle que nous la voyons aujourd’hui. Et même si les anciens de la communauté voient leur effectif disparaitre en raison de cette tendance citadine, ils demeurent fiers de la réussite de leurs enfants.

Plus éloignée, la tante de la famille, très âgée elle aussi nous nous expie du coin de l’œil, enrobant l’air compressé de la pièce avec les relents de fumée de sa cigarette ; de nature timide et pudique et n’osant nous adresser le moindre mot, elle préfère rester en retrait dans son coin. Nous ne la dérangerons donc pas. La seule enfant qui vit encore chez ses parents reste aussi la seule qui travaille véritablement au foyer. A peine plus jeune que mon âge, sa maturité lui vaut tout le respect que nous puissions lui accorder.Tandis que le chef, sa femme et la tante, demeurent assis, certes pour cause de leur âge mais pas dans l’incapacité de mouvement, cette jeune demoiselle s’occupe de toutes les tâches ménagères qui incombent à la famille. En l’occurrence, elle prépare quotidiennement tous les repas, coupe la nourriture des cochons qui respectent un régime alimentaire composé de bouillie et de pousses de bananiers, très riches en eau végétale.

 

C’est également elle qui rapporte de l’argent à la famille en se donnant en spectacle aux touristes de passages tandis qu’elle continue de se rendre à l’école, dans l’optique de pouvoir à son tour « remporter la gloire de la ville » nous confie-t-elle secrètement. Cependant, assise près de nous sur les bancs de bois, et en préparant la nourriture des cochons, elle n’ose pas tourner le visage vers nous légèrement honteuse et gênée de notre présence. Le chef, préférant aborder un autre sujet, nous fait partager sa joie personnelle en nous désignant leur garde-manger devant lequel est assise sa jeune fille : celui-ci ne se compose que  d’un mince sac de riz et de quelques épis de maïs.

 

La victime de la Famille

Une autre jeune femme plus âgée que sa jeune sœur nous révèle à son tour sa présence, recroquevillée dans un coin de la maison plongée dans l’obscurité, elle aussi enfant issue du couple qui nous accueille. Elle semble posséder les poignets ceints et étroitement attachés par corde en ferraille. Nous ne l’avions pas remarquée étant donnée qu’elle se dissimulait dans l’ombre, et l’unique raison pour laquelle nous lui avons accordé un regard, sans qu’elle s’en aperçoive, est lié au fait que le silence fut trompé par le bruissement aigu de sa chaine. Ce détail éveilla notre curiosité lorsque la jeune femme se mit en mouvement ce qui fit grincer sa chaine, juste derrière mon dos tandis que je parlais avec le chef. Le premier sentiment qui me fulgura fut la surprise, puis lorsque je remarquai un visage dissimulé dans l’obscurité dont les deux pupilles noires transcendaient l’obscurité, je sentis le contraste glacé d’une sueur froide qui coula le long de ma colonne vertébrale. Progressivement mes yeux s’habituèrent à l’obscurité régnante et le visage sombre que nous avions pris pour un voleur dévoila sa vraie nature, bien moins effrayant que ce à quoi nous croyions faire face. C’est un visage inexpressif et presque maladif que nous reconnûmes, caché d’épaisses mèches de cheveux noirs, ondulés, se terminant en une épaisse cascade scintillante au creux de ses omoplates et fortement surpris des regards convergents vers sa personne. La situation se révèle aussi embarrassante pour nous que pour la prisonnière.

Sa peau jeune et ferme semble si parfaite, ses yeux, scintillants comme de cristaux de glace, paraissent si envoutants et ses lèvres dessinées sous les traits de magnifiques joues légèrement bombées, ne nous aspirent aucune crainte, ce pourquoi nous sommes amenés à nous poser soulever le fait de sa posture délicate, privée de liberté et prisonnière de redoutables chaines. Ses grands yeux ronds et pétillants nous fixent depuis l’instant où nous avons franchis le pas de la porte mais nous n’osions pas l’épier du fait de son isolement, qui fut prémédité par la famille avant notre venue. « -Evidemment, cette situation n’est que temporaire, selon ce que nous explique Deth : elle retrouvera sa liberté dès que nous serons partis ». Nous questionnons donc notre guide, impatient d’entendre sa réponse à propos de la nature de son enchainement. Il ne souhaite trop s’attarder sur le sujet, en présence de la famille, mais nous révèle simplement les grands traits de son histoire.

La jeune femme fut victime d’un viol durant son adolescence alors que sa famille avait offert l’hospitalité à un homme aisé du village. C’était une jeune fille vierge et pure partageait, à l’époque, les rêves de ses frères et sœurs, à la conquête d’une meilleure vie en ville, la gloire de trouver un travail, un mari, puis de fonder une famille, tout en gardant des liens avec ses aïeux Phnongs ; cependant son rêve, débordant d’intenses joies, pris subitement un autre cours depuis le jour du viol qui signa l’effondrement de sa vie d’adolescente. Jusqu’ici, isolée dans les hauteurs du Mondolkiri où seul vit sa tribu, elle ne connaissait ni la violence, ni la corruption, ni même l’humiliation auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement à travers le reste monde. Injustement punie par cet acte criminel, elle devint littéralement folle et tomba dans une maladie qui l’obligea à faire rejaillir sa rage meurtrière sans jamais pouvoir trouver la paix et émerger de la peur incessante qui la tenaille encore jour et nuit. Aujourd’hui elle ne peut plus vivre normalement, toujours en quête de vengeance et sans cesse hantée par ce vieux souvenir. Ce qui vient à expliquer la raison pour laquelle elle est attachée en présence de touristes.  Il est arrivé que plusieurs fois, alors que sa famille continuait à accueillir des touristes, elle se munissait de couteux aiguisés ou autres objets tranchants prise d’une folie meurtrière, et ce en présence d’hommes seulement…

Depuis, elle ne parle plus. Ne partage plus sa joie de vivre. On lui a tout simplement volé son enfance. L’étincelle de sa vie. Après que Deth eut terminé de nous conter cette triste histoire, la compassion nous submergea. Le pire est que je n’ose désormais, plus la regarder en face, tout comme elle, détourne son regard. Alors qu’elle a besoin d’aide pour s’en sortir, sa famille continue à l’aimer mais jamais ils ne pourront répondre aux besoins dont elle nécessite,  comme un séjour en centre psychiatrique par exemple : leurs coutumes animistes ne se tourneront pas vers l’aide civilisée et ils continueront à croire à des esprits malfaiteurs, apportés par le coupable, se sont emparés de l’âme de leur fille. Je ne comprends pas l’origine de ma gêne en sa présence tout comme peuvent l’exprimer papa et amandine, c’est comme si nous étions honteux de l’acte de l’homme qui la condamnée alors que nous avons rien à voir avec cette histoire : et je pense deviner notre réticence, peut-être parce que nous nous sentons plus près des mœurs de cet homme cruel que de la culture animiste de ce peuple.

Son abus aura couté la vie d’une fille au cœur pur, mais cela n’a pas l’air de le chagriner d’où il se trouve en ce moment. Loin et Libre. J’espère tout de même qu’il se ronge les os pour ce qu’il a fait. C’est lui qui devrait faire l’objet d’un emprisonnement et non pas sa victime. Ce qu’il en est : le regard meurtrier de cette fille me donne des frissons mais je ne peux m’empêcher de sentir son souffle saccadé derrière mon dos, le bruit des froissements de sa robe à chacun de ses mouvements au fur et à mesure qu’elle se rapproche de moi et de l’envie qui la submerge de nous virer de chez elle, nous et nos coutumes perverties. Si elle est attachée, je ne me sens aucunement rassurée en distinguant le son de la corde liant ses mains qui frottent sur le plancher, je m’empresse donc de me relever et de m’éloigner plus loin…

 

Et la Cuisine ...

Suite à cet épisode, qui ne s’est déroulé qu’en quelques minutes, la femme du chef nous fait visiter sa cuisine dans laquelle trône une marmite sur le feu saupoudrée de cendres et de braises rougeâtres étalées sur le pourtour du feu. Une étagère fixée au mur en surélévation, accueille quelques fruits et légumes afin d’éviter que les cochons ne s’en emparent mais la récolte fut visiblement très maigre en ce temps pluvieux. La maitresse de maison nous offre des épis de maïs tous justes sortis de la marmite d’eau bouillie, nous savons que cela leur tient à cœur puisque ce sont des épis de maïs qui ne se retrouveront pas dans leur assiette, ce pourquoi nous avons soin à accepter le présent avec la plus grande reconnaissance. Nous dégustons chacun un épis et laissons le reste à la famille, tout en profitant de la cessation de la pluie pour faire un tour dans le village, et nous libéré de l’oppression permanente de cette vie rustique. Nous jetons les épis égrainés dans la cage d’un cochon, bien dodu pour son âge, et des hauteurs où nous nous trouvons, nous apercevons au loin deux beaux éléphants émerger de la jungle environnante, avec autour de leur immenses oreilles, une auréole de soleil provenant de quelques rayons naissants.

 

Balade à dos d’éléphants

 

Amandine et moi montons à deux sur un premier éléphant peu robuste dans des nacelles trop petites pour nos jambes. L’éléphant est conduit par un jeune garçon d’une huitaine d’année qui visiblement a déjà trouvé sa voie… Papa a plus de chance, il est seul dans la nacelle de l’éléphant le plus robuste guidé par un jeune homme de vingt ans légèrement plus expérimenté que notre accompagnateur apprenti. Ainsi, nous ne retrouvons pas les mêmes conditions de la balade à dos d’éléphant que nous avons eu la chance d’effectuer au Sri Lanka sur une selle plutôt confortable dans laquelle nous avions même trop de place ! Ce sont donc 2h assez inconfortables que nous nous apprêtons à passer. Nous démarrons par monter le vallon tout en traversant le village puis, nous pénétrons dans la forêt sur un chemin escarpé et étroit où nous nous prenons à  plusieurs reprises des branches d’arbres en plein visage. La monture de papa ralentit le rythme à chacun des nombreux arrêts qu’il effectue afin de se restaurer, passant son temps à ramasser des plantes vertes et feuillues, qu’il arrache sur son passge, il faut dire qu’il s’agit d’un fin gourmet tout comme l’homme qui le chevauche...En cela il me rappelle fortement le caractère du petit Rhani, au Sri Lanka.

Les éléphants semblent s’être accommodés aux inconvénients naturels des pistes tortueuses et assez étroites. De même que le ciel est orageux mais pour l’instant : aucun signe annonciateur de pluie ne dévoile sa nature à l’horizon, si bien que nous nous délectons de la promenade. Celle-ci nous offre un cadre extraordinaire alterné par de paysages époustouflants au sommet des vallons, et des passages plus périlleux aux abords des sous-bois escarpés. Ainsi nous entamons la descente d’une pente raide et boueuse aux confins d’un lit de forêt dense, après avoir grimpé et profité du panorama que nous offrait le sommet du vallon épuré.

Les pattes des éléphants glissent sur la terre boueuse du sentier étroit, les branches se mêlent à nos cheveux, les feuilles volantes s’épanouissent dans l’inconnu, les bourgeons naissants n’attendent, quant à eux, que les empreintes du soleil. Les fleurs blanches et rosées parfument l’atmosphère d’une agréable odeur mielleuse, les oiseaux se nichent au sommet de leur nids perchés dans les hauteurs, enfin le ruissellement des fines chutes d’eau sur les roches effilées accompagne notre périple aventurier qui se poursuit sur plus d’une demi-heure jusqu’à ce que nous parvenons au flanc de la colline où se faufile les confluents d’une rivière cristalline. Les pachydermes profitent de la fraicheur de l’eau pour se refroidir les pattes et s’hydrater bien qu’il ne fasse un tendance assez chaude pour une baignade. Ensuite nous faisons chemin inverse pour rengager le village mais cette fois c’est en montée que nous cahotons sur le dos des éléphants… Lorsque nous ressurgissons des sous-bois pour crapahuter quelques temps sur les longues étendues d’herbes émeraude, nous comprenons que la promenade approche à sa fin. 

Nous débarquons au village, puis descendons de nos montures, empreints d’une expérience nouvelle, tout à la fois heureux de cette balade dans la forêt que de pouvoir enfin nous dégourdir les jambes à terre ! Dans tous les cas nos deux guides taciturnes, eux aussi, repartent contents de s’enfoncer dans les profondeurs avec un billet en main…

Puisqu’il est relativement tôt, nous quittons le village et partons à pied sur un chemin conduisant à la ville. Il fait humide et l’air est pesant même s’il n’y a pas le moindre rayon de soleil .Nous discutons tout en entamant la remontée vers le plateau et admirant le paysage verdoyant contrasté de chemins pourpres. L'averse a rafraichi l'atmosphère et la fin de balade est très agréable.

Quelques buffles nous obligent à contourner le chemin par des petits sentiers envahis par la végétation. Puis nous arrivons au niveau d’un carrefour et décidons de faire demi-tour pour regagner le village. En attendant que les Pnongs nous invitent à regarder leurs danses traditionnelles, nous grimpons au sommet du vallon, nous asseyons et profitons du paysage. Se poser, souffler, respirer cet air si pur et se perdre dans un univers atemporel où règne une atmosphère libre, que rêver de plus ?

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