Sortie animée à Kompong Cham

Au marché local de Kompong Cham

 

Nous rentrons à l’hôtel « Mékong » vers cinq heures de l’après-midi puis libérons nos deux guides qui profiteront, sans doute, de leur soirée pour sortir, d’autant plus que nous sommes à  la veille des élections législatives. Nous décidons d’aller faire un tour dans le centre de la bourgade alanguie sur la berge du Mékong, qui nous semble plutôt très animée pour ce début de soirée. Avant de nous y aventurer insoucieusement, nous localisons l’emplacement de notre hôtel afin de nous faire une idée de la géographie de la ville pour ne pas trop nous en éloigner, et à terme, de nous perdre. Nous estimons finalement que nous le retrouverons très facilement étant donné que la structure se situe près du fleuve et que nous parvenons à mémoriser certaines ruelles, panneaux ou  commerces qui nous semblent plus remarquables que d’autres.

Ne savant par où commencer notre sortie, nous déambulons tranquillement sur la promenade qui longe le fleuve, après quoi nous atteignons les rues localisées dans le centre et lorsque nous tombons sur le marché local, nous décidons de pénétrons à l’intérieur. Je croyais avoir vu le plus répugnant marché du Cambodge lors de notre escale à Sen Monorom quelques jours plus tôt, mais visiblement je n’étais pas au bout de mes peines. À la saleté, l’étroitesse, l’oppression et la pauvreté s’ajoute l’odeur écœurante de décomposition et de moisissure. Au fur et à mesure que nous avançons sur les détritus qui prolifèrent au pied des diverses petits étals des marchands locaux, nous ressentons la précarité dans laquelle vit la population au quotidien. La visite sera de très courte durée, sans même que nous ayons eu le temps de terminer un tour complet : ce qui nous importe est de regagner précipitamment les rives du Mékong afin de retrouver un air, certes pollué, mais toujours plus pur que celui qui règne en maître sur marché !

 

En flânant dans les rues jonchées de déchets, d’anciens bâtiments coloniaux dessinent leurs contours au cœur de cette décharge humaine. Plus  loin un « Luna Park cambodgien » attire notre attention et visiblement celle de tous les enfants de la ville. Une petite roue en état de marche semble gire à l’abandon au profit des toboggans gonflables et des voitures miniatures, très prisées par la foule d’enfants épanouis. La rusticité de ce « Luna Park » n’est pas comparable aux jeux d’attraction occidentaux, mais ce qui nous frappe c’est plutôt les sourires qui creusent les visages joufflues des jeunes citadins. 

Leurs rires fusent tandis que le jacassement de leurs mères se mêle au bruit des attractions, le tout formant un immense fracas.Je me plais à imaginer ces mêmes enfants dans des jeux d’attractions tout aussi sécurisés et immenses que peut nous offrir la France, où même les parcs « Disney », aquatiques ou terrestres qui font la réputation des Etats Unis. Ils seraient surement comblés de joie. Néanmoins, l’ensemble de la cohue profite de la soirée pour s’empiffrer de barres chocolatées, de glaces et de bonbons chimiques dont les papiers d’emballages se perdent au milieu de la bourgade, qui me parait un monticule de déchets. 

 

Pagode Samdech akka mohasena padei techo hun sen buddhist university

 

Nous atterrissons devant l’entrée d’une pagode plutôt imposante composée de plusieurs bâtiments, lesquels sont séparés par une large allée bordée de trottoirs de fleurs taillées et bien entretenues. Il s’agit d’une université bouddhique, comme peut nous l’indiquer la pancarte ornant son entrée. Nous lui accordons une intention particulière étant donné qu’elle nous parait le seul endroit propre de Kompong Cham mais aussi parce que son nom nous fait forte impression (nom dont nous ne nous souviendrons jamais du fait de sa longueur complexe) : Samdech Akka mohasena padei techo hun sen buddhist university ! Nous y restons le temps d’observer le panneau à l’entrée, de tenter de lire le titre de l’université en vain, d’en prendre une photo histoire de nous en souvenir une fois que nous repartiront pour la France, puis de nous demander par quelle voie devons-nous continuer notre balade. Le temps passe à une vitesse si incroyable que nous ne nous étions pas aperçus de l’heure ; cela fait plus d’une heure ou deux que nous nous promenions. Notre réel souci est plutôt le risque de nous perdre, avec un téléphone déchargé, lequel nous aurais servi à appeler notre guide en cas d’urgence, et finalement nous ne nous inquiétons pas plus. Nous faisons demi-tour, et flânons tranquillement sur le chemin inverse que nous venons d’emprunter.

En passant par d’autres ruelles, sans trop nous éloigner du fleuve qui nous sert de point de repère,  nous pénétrons dans le marché de nuit. Cet endroit nous parait incroyablement bien entretenu en comparant au reste de la ville, nous comprenons qu’il se destine spécialement à l’attractivité  touristique ! Et puisqu’en cette période de l’année, de pluie et de moissons, les touristes sont très peu nombreux, voire totalement absents, cet endroit profite aux habitants de la ville, avec un sol dallé, plus attrayant que les recoins pauvres et salle de la ville.

Un autre « Luna park » aux attractions plus modernes, très animélumineux et bruyant nous confirme le souci des autorités de la ville de rendre leur centre attractif et d’en faire profiter aux enfants , qui pour la plupart vivent sous le seuil de pauvreté. Nous discernons également que de nombreux petits bars et snacks y ont été installés à disposition des habitants et des touristes. Beaucoup de jeunes, de familles avec leurs enfants, occupent les chaises et les tables bondées des snacks dont les serveurs, débordés, courent dans tous les sens. Il est l’heure de déguster un encas avant le repas, de profiter de la fin de cette sublime journée, de faire jouer les enfants desquels émane un besoin intense de défoulement avant qu’ils ne croulent de fatigue en début de soirée. Signe, pour les parents, qu’il est temps de profiter du silence et de la fraicheur des brises amenées par le Mékong, aux confins d’une terrasse intime. En revanche, pour le moment, une glace ne nous envie pas …

Nous rentrons au Mékong hotel une heure plus tard. Lorsque nous arrivons sur la promenade au pied de notre hôtel qui était vide lors de notre arrivée, nous retrouvons, à notre grande surprise, une foule vivace à laquelle nous nous mêlons joyeusement. Chacun des marchands a installé tables et chaises en plastiques sur lesquels les jeunes du quartier se ruent en masse, sortis pour l’occasion. Le péché-mignon des  khmers est de se rejoindre en fin d’après-midi sur le bord de fleuve, de s’installer confortablement à une table, moment pour les femmes de partager les ragots, et pour les jeunes, de draguer les filles, tout en savourant des œufs à moitié fécondés qu’ils dégustent à la cuillère.  Ces œufs, qui sont une spécialité culinaire de la région conservent le fœtus du jeune poussin à l’intérieur de leurs coquilles.

Les habitants nous font signe de se joindre à eux autour d’un soda sucré ou d’une bière, afin de nous faire partager ce met, et par conséquent leur culture culinaire. Nous refusons catégoriquement avec une pointe d’amusement, non pas que nous ne voulons pas nous mélanger à eux, au contraire, mais que nous redoutons le gout de ces œufs fécondés. Nous aurions accepté des œufs de fourmis, des araignées, des criquets ou n’importe quels autres insectes grillés mais jamais nous n’oserions nous attaquer à un fœtus de la sorte. De plus Deth, notre guide, nous avait plusieurs fois avertis des problèmes hygiéniques liés à la cuisine local des rues bien que nous nous y restaurons volontairement depuis le début du voyage.

 
 

Soirée interview à Kompong Cham !

En début de soirée nous sortons diner en ville : à notre plus grand désarroi, les rues, pourtant si animées, n’abritent même plus la trace d’un chat esseulé, hormis les quelques routards et touristes profitant de l’air du Mékong ! Il est vrai que depuis que nous sommes au Cambodge, nous avons à plusieurs reprises remarqué que les heures de sortie des khmers se situaient entre 17het 18h voire 19h pour les plus tardifs, après quoi les villes retombent dans un silence oppressant comme si on l’avait abandonnée d’une seconde à l’autre. Nous nous installons à la table d’un restaurant qui fait face au fleuve et commandons, pour l’occasion, un amok de poisson chacun. Au loin des éclairs zèbrent le ciel et cela ne nous présage rien de bon pour la suite. Mais les orages semblent toutefois assez éloignés de la ville si bien que nous les oublions rapidement. D’ailleurs à cette pensée, nous remarquons que la ville est très peu éclairée, fait que nous lions probablement au cout trop onéreux de la consommation d’électricité.

C’est alors que la serveuse, en pyjama tout en faisant son sport, nous apporte nos assiettes et que deux routards assis à la table voisine nous interpellèrent ayant remarqué que nous parlions français. Le couple français nous interroge sur les endroits incontournables qu’ils pourraient visiter en ville puisqu’apparemment ils nous apprennent qu’ils  ont perdu leur « guide papier ». Nous entamons une discussion avec eux puis ils commencent à nous conter leur périple dans le sud de l’Asie. En réalité, ils se sont embarqués il y plus un an de cela, pour un voyage façon « routard » depuis l’Australie vers les contrées rurales de Chine. Par la suite, ils sont parvenus au Viet Nam avant d’atterrir au Cambodge complètement par hasard ! Leur instinct les a poussés à acheter une moto pour 350$ à un local dans le nord du pays, laquelle leur a servi à rejoindre Kompong Cham également par hasard. Tout ce qu’ils savent c’est qu’ils ne vont pas tarder à rentrer en France après avoir fait un détour au Laos où ils comptent revendre leur tas de ferraille tout en songeant à l’abandonner au Cambodge

Pour l’instant ils projettent de faire route vers Kratie mais hésitent encore. Sur ce périple ahurissant, nous leur racontons notre voyage, le prix que nous avons déboursé pour nous assister d’un chauffeur et d’un guide privé puis nous les informons des sites que nous avons pu visités. Evidemment, le tout, ne nous est pas revenu très couteux grâce aux liaisons qu’entretient papa avec les agences de voyage reparties à travers le monde, ainsi que les astuces vol économiques, repas locaux compris etc… Les deux français nous remercient en nous souhaitant une bonne continuation. Nous faisons de même. Par la suite, nous les voyons  s’éclipser dans l’obscurité de la bourgade déserte tandis que nous restons assis à profiter de la soirée déjà bien entamée. Quelques minutes plus tard un homme nous aborde à son tour.

 

 

La serveuse en pyjama nous débarrasse ayant aperçu nos assiettes vides. Nous la complimentons sur la qualité de la cuisine puis elle apporte un expresso à Papa, heureux de trouver du « bon café ». Un routard solitaire aux dreadlocks nous demande en anglais s’il peut prendre place à l’autre bout de notre table. Nous l’autorisons bien évidemment sur quoi il prend place et c’est ainsi que nous nous faisons remarquer par un reporter américain travaillant pour le journal « Phnom Penh Post ». Celui-ci cheveux bruns, une trentaine d’années, T-shirt et bermuda lui procurant une attitude relaxée tout en tenant son calepin en main, s’avance vers nous. De son fort accent américain il nous déballe une longue réplique  à laquelle nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout compris mais dont nous avons capturé le but essentiel. En résumé, il nous demande de lui accorder une interview pour connaitre notre avis sur les élections du premier ministre qui se dérouleront dans le cours de la journée de demain (28 juillet 2013) ! Décidemment ce soir nous rencontrons beaucoup de succès. Cependant, nous lui faisons comprendre que nous ne sommes pas intéressés, d’une part parce que nous ne comprenons même pas tout ce qu’il nous dit et d’autre part parce que nous ne connaissons pas plus les enjeux de ces élections cambodgiennes comme il semble insinuer. Enfin, papa déteste déjà assez bien les élections françaises, il ne compte pas se mêler de celles du Cambodge en plein voyage. Ce pourquoi nous finissons « l’interview » sur un ton plutôt hilarant.

Le journaliste repart déçu que nous soyons désintéressés sur le sujet, mais avec un air souriant, toujours à la quête d’informations. Il se rabat donc sur le routard aux longues dreadlocks blondes qui s’engage dans un long dialogue avec l’américain. Leur discours est bien trop compliqué pour moi mais j’arrive tout de même à comprendre qu’il s’agit d’un suisse venant directement du Viet Nam ou du Laos. Celui-ci se prête aux questions du journaliste et lui fournit son nom, ses coordonnées puis son avis sur les élections. Il estime que les cambodgiens devraient se préoccuper à trouver un travail afin de redresser l’économie du pays plutôt que perdre leur temps à participer aux nombreuses délégations inutiles. De toute manière, tout le monde est au courant qu’Hun Sen remportera, encore une fois, les élections en trichant par le biais de la corruption, et ce fait n’est plus un secret pour personne !

La discussion entre l’américain et le suisse se prolonge quelques minutes puis nous décidons de rentrer à l’hôtel après cette étrange soirée. Nous nous levons de table tandis que le suisse termine son unique plat de nouilles, essayant probablement de faire des économies pour pouvoir continuer son aventure solitaire. Il me fait un signe de tête auquel je réponds par un sourire de compassion, triste de le voir seul face au Mékong. Peu à peu son visage s’efface dans l’obscurité et le mien se plonge dans un oreiller bien douillet …

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