Udong , "la Victorieuse" ...

Parlez moi de l'ancienne Capitale

 

Après cette agréable sortie passée aux Marché de Skuon, nous nous dirigeons vers la cité d’Udong, ancienne capitale du Cambodge entre 1618 et 1866. Selon une légende khmère, un roi aurait fui Angkor pour installer la capitale à Udong, traqué par les Thais .Il aurait édifié une résidence infranchissable surveillée par des soldats hautement qualifiés. Mais le peuple Thaï beaucoup plus intelligent  utilisa  la ruse. Les soldats lancèrent des pièces d’or dans la forêt de bambous protégeant la résidence du roi afin d’amadouer les soldats khmers qui s’empressèrent de couper tous les bambous pour récupérer les pièces. C’est ainsi que les thaïs s’emparèrent de la forteresse du roi.

 

 

Si cette histoire semble légèrement romancée, elle est en réalité tirée de la véritable histoire bien plus complexe qui accabla le Cambodge. En effet, victime de conflits avec le Vietnam depuis le XVIIe siècle, le Cambodge fut par la suite très prisé du Siam, ancien nom de la Thaïlande, qui engendra de nouveaux conflits et des jeux d’alliances opposant Siams et Vietnamiens pour l’occupation du territoire khmer. Celui-ci passa successivement aux mains de souverains vietnamiens au cours du XVIIIe siècle mais à partir de 1774, le pays Viet fut fortement affaibli par la révolte des Taysons ce qui obligea le roi régnant Outey II (1739-1777) à abdiquer en 1775. Ainsi, le Vietnam connu une phase fortement défavorable, les Siams n’hésitèrent pas à s’imposer et à prendre sous leur aile la direction du  Cambodge profitant de la situation de faiblesse d’un de leurs territoires adversaires. Le royaume khmer passa ainsi sous le contrôle Siam mais peu de temps après, en 1802, le Vietnam retrouve son unité primitive avec le règne de l’empereur Gia Long (1762-1820) qui ne tarda pas à se faire reconnaitre en tant que suzerain par le roi du Cambodge Ang Chan II (vers1792 -1834).

Cette nouvelle équité provoqua néanmoins l’occupation du territoire par le roi Siam du nom de Rama II (1767-1824). Toutefois, Ang Chan II parvient à reprendre Udong avec l’aide précieuse des Vietnamiens mais se vit obliger de céder les provinces nord du royaume aux Siams. Le Cambodge avait encore perdu ses terres et connut une période relativement calme. Mais entre 1834 et 1841, les tensions reprirent et les vietnamiens établirent une politique d’annexion du Cambodge à l’origine d’une révolte qui se manifesta en 1845 par le massacre de masse de la population vietnamienne. Pour en parvenir jusqu’ici, les khmers se firent aider des Siams qui, rusés comme jamais, pénétrèrent dans la capitale d’Udong et établirent un accord avec les vietnamiens sur la conservation de leurs provinces respectives.  Finalement Ang Duong, à la tête du Cambodge, du solliciter l’intervention les troupes de Napoléon III en 1853 afin d’apaiser les tensions avec ses voisins trop ambitieux sur le devenir du royaume khmer et le roi des français accepta l’accord qui fut saboté par les siams peu de temps après. Ang Duong mourut en 1860 mais Norodom, son fils, lui succéda et en 1863 le protectorat français fut signé.

 

 

En route vers la Nécropole Sacrée

Sur la route menant  à la capitale, nous croisons plusieurs usines qui bordent la route et qui sans surprise appartiennent  à des investisseurs chinois. Ceux-ci  n’hésitent pas à prendre le monopole des produits « made in Cambodia » sous prétexte qu’ils sont taxés en Chine faisant donc tourner l’économie du pays qui ne cesse d’acquérir une puissance commerciale effrénée progressive depuis ces dernières années ! Nous croisons également une seconde statue équestre offerte par Napoléon III à l’ancien roi cambodgien en 1863, semblable à celle qui enrichie la pagode d’Argent de Phnom Penh. Nous arrivons enfin.

La nécropole sacrée d’Udong que l’on assimile souvent à la « Victorieuse » est, chaque année, le théâtre de plusieurs pèlerinages qui réunissent les khmers provenant de tout le pays. Elle se situe dans le nord-ouest de la province du Kompong Speu à une quarantaine de kilomètres de la capitale actuelle. Le roi Ang Duong(1841-1850), a réalisé la majorité des bâtiments de cette région mais la colline montagneuse, qui abrite quantité de stupas royaux, connut une histoire assez complexe.  Elle fut fondée en 1601 sous le règne du roi Srei Soryopor également nommé Barom Reachea IV après l’abandon de Longvek. La ville de Longvek, fut choisie comme capitale du royaume après l’invasion des siamois à Angkor en 1431 pour son relief stratégique mais fut rapidement transplantée sur la colline de Phnom Udong. Par la suite, Udong, que l’on appela officiellement Udong Meanchey de 1618 à 1866, fut abandonnée par le roi Norodom qui implanta la capitale à Phnom Penh. La cité, porteuse des tombes des rois successifs qui régnèrent sur le Cambodge fut enfin ravagée par les Khmer Rouges en 1977, avant de renaitre de ses cendres au cours du XXIe siècle.

Au pied des escaliers Deth et Vanna nous laissent visiter la colline par nous-même. Un jeune garçon tenant un éventail semble nous avoir repéré de loin et commence à nous faire du charme pour pouvoir nous guider toute la matinée au cœur de la Victorieuse. Nous grimpons quelques étroites marches en pierres noires jusqu’au un premier plateau à mi-chemin du sommet. A cet endroit, nous trouvons un très beau bassin royal dont la surface de l’eau est nappée de nénuphars rose pale. Il est agréable d’en faire le tour tout en admirant le reflet des nuages cotonneux reflétés par l’eau claire et cristalline. Le paysage alentour qui donne sur l’épaisse jungle verdoyante est également notable. De surcroît, les singes paresseux semblent aimer le cadre riche en verdure, autant que les cambodgiens qui le considèrent comme l’un des lieux les plus sacrés dans l’histoire du royaume.

Nous terminons l’ascension sous un soleil cuisant jusqu’à parvenir au pied du plus grand stupa de la colline. Erigé récemment en 2002 , ce grand stupa gris clair serti d’ornementations raffinées et de portes dorées gouverne le royaume du haut de son dallage d’une blancheur éblouissante. Il abriterait une relique de Bouddha provenant directement du Sri Lanka mais honnêtement, selon le célèbre dicton : «  je ne crois que ce que je vois ». Il est dans mon estime que la symbolique demeure suffisante. Le sommet offre une vue imprenable sur la campagne environnante qui cache des pagodes aux toits orangé sertis d’or. Plus loin, nous rejoignons le Vat Damrei Sam Poan construit par le roi Chey henta II pour recevoir les cendres de son prédécesseur, le roi Sorioypor . Puis nous contournons  celui du roi Norodom qui fut édifié en 1891 pour recevoir les cendres de son père Ang Duong . Nous parvenons enfin au  troisième grand stupa, le Mak Proum contenant la dépouille du roi Monivong (1927-1941). La particularité de ce stupa est que son sommet est orné de quatre visages semblables aux vestiges qui ornent le célèbre Bayon dans la cité d’Angkor Thom, il sera, par conséquent, mon préféré.

Grand Stupa - Udong 

 

Wat Mak Proum - Udong 

 

Nous continuons la balade tranquillement que nous ponctuons de pauses afin d’admirer les impressionnants vestiges riches d’une histoire enviable. Alors que nous étions prêts à redescendre, notre guide nous indique que la visite chemine sur plusieurs dizaines de mètres encore. Il nous fait emprunter des petits sentiers dissimulés par la végétation à travers un labyrinthe de marches nous offrant, entre les branches des arbres,  une vue extraordinaire sur la plaine en contrebas. Plusieurs petites maisons de bois abritent de grandes statues de bouddha dorées mais nous nous décourageons rapidement à les compter tellement nous sommes impressionnés par leur nombre ! Notre « guide » nous bafouille des mots et des noms de certains endroits croyant que nous comprenons ce qu’il nous raconte mais en réalité nous hochons la tête à chacune de ses paroles comme si nous capturions l’ensemble des informations qu’il nous fournit, alors que nous n’en comprenons à peine plus de la moitié.

 

 

Certains mots nous paraissent récurrents, donc plus importants, tels que « nâga » ou « bouddha » qu’il nous répète plus d’une dizaine de fois ! En fait nous nous demandons même s’il ne nous dit pas des bêtises car ces « bouddhas » et ces « nâgas » semblent habiter toutes la colline : en nous montrant un arbre il nous indique qu’il s’agit d’un « nâga » tandis qu’en nous désignant une pierre il nous répète « bouddha ». Nous hochons la tête, puis il nous confirme par un « bouddha » « bouddha »… Quand nous essayons de le questionner sur tel ou tel monument,  il nous dit soit « nâga » soit « bouddha », rien d’autre. Alors nous baissons les bras et prenons beaucoup de plaisir à déambuler sur la colline sacrée, sans en connaitre l’histoire.  Nous sommes d’autant plus heureux de retrouver cette chaleur écrasante que nous avions perdue sous les averses et le temps humide des moissons, aujourd’hui les rayons du soleil viennent  nous caresser la peau et le cœur. Notre guide, lui aussi,  prend beaucoup de plaisir à faire la course, à grimper pied nu sur les marches et les statues de nâga en attendant que nous le rejoignions : après tout il ne doit pas avoir plus de huit ans.

 

 

A la fin de la visite, il nous ramène à notre point de départ où Vanna et Deth nous attendant à l’ombre parmi la foule de cambodgiens. Nous donnons son pourboire à l’enfant qui nous offre à, Amandine et à moi, une fleur de frangipanier. Enfin nous reprenons la voiture après avoir partagé un coca avec notre guide, content de de la boisson gratuite que nous le lui avons payée. Deth nous a prévu une promenade dans « la campagne cambodgienne» dans l’après-midi. Nous partons sous le regard perdu de ce garçon de huit qui fut un compagnon fidèle. Encore aujourd’hui je n’oublierai jamais son teint cacao tamisé, son sourire contagieux, son esprit enfantin, sa bonne humeur et sa joie. Si les souvenirs passés à ses côtés parvenaient à s’effacer, ce que je doute fort, ma fleur de frangipanier sera toujours le témoin de cette rencontre inattendue. Cette modeste fleur peut paraitre insignifiante aux yeux des gens, pour moi elle restera le symbole d’une amitié indéfrisable avec un khmer.

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