Matinée à Phnom Kulen

Départ de Siem Reap

Ce matin, nous quittons notre hôtel le « Steung Sieamreap»  vers huit heure et prenons la route avec Vanna et Deth en direction de la cité de Preah Vihear, située à environ 250 km au nord de Siem Reap. En partant, Deth nous prévient dans la voiture que nous arriverons relativement tôt en début d’après-midi à notre destination et que mis à part l’important complexe de quatre temples situés au sommet de la montagne , il n’y a rien à faire ou à visiter dans les alentours déserts.

Pagode Preah Promre Roth - Siem Reap ​

 

Heureusement que Deth nous a prévenu , cela nous laisse du temps pour jeter un coup d’œil au guide papier… Après réflexion, alors que nous roulons désormais depuis bien une bonne vingtaine de minutes, nous demandons à Vanna de faire demi-tour et de rejoindre le centre-ville afin d’aller acheter des billets d’entrée pour la visite de la plus haute « montagne » du Cambodge ; Phnom Kulen située à 487 mètres d’altitude. Nous aurions très bien pu acheter les tickets directement au pied de la montagne, puisque nous nous trouvons sur la bonne route, mais avec une réduction de près de 6.5 $ par personne en ville, nous préférons profiter de la réduction. Ainsi, nous retrouvons Siem Reap alors que nous croyions l’avoir quittée pour de bon. Nous achetons nos billets 13.5$ par personne (au lieu de 20$ à l’entrée du site) et avant de partir nous nous arrêtons dans un petit kiosque ambulant afin d’acheter un journal écrit en cambodgien pour la collection d’Amandine (qu’elle débute ici).

 

Phnom Kulen

La vraie "rivière aux mille lingas"

Phnom Kulen est situé à une quarantaine de kilomètres de Siem Reap. Une fois passé le péage, la route grimpe difficilement à travers la jungle pour  se transformer rapidement en une piste sablonneuse, glissante et parsemée de fossés indomptables. Avec les 20$ facturés à l’entrée, (enfin les 13,5$ avec réduction), les autorités cambodgiennes « réhabilitent » soi-disant la route presque inaccessible en saisons des pluies. Mais en voyant ces pistes chaotiques, on se demande vraiment où passe tout notre argent! Je ne me préoccupe pas vraiment de ce souci puisque ce n’est pas moi qui ai payé mais je remarque qu’il en est tout autre chose pour Deth qui estime que le système cambodgien est à revoir. Furieux que l’on se moque à ce point des touristes, il profite de la lenteur de la voiture, ne pouvant dépasser les 20km/h à cause des trous, pour prendre des photos de la route qu’il postera sur facebook : photos qui, accompagnées «  d’un commentaire solide et bien poignant », feront tout de même un peu « changer les choses », espère-t-il !

Tout le long du parcours offre une vue imprenable sur la forêt en contrebas parsemée de collines et vallons. La faune et la flore y sont très présents et il est d’autant plus magnifique de s’y rendre durant la saison des moissons, pendant laquelle le pays se vêtit d’un manteau verdoyant… Au terme d’une heure d’ascension en voiture, pour une vingtaine de km, brinquebalés dans tous les sens, nous arrivons au sommet de la colline que nous n’imaginions pas aussi immense et si importante dans le cœur des khmers! En effet, c’est l'une des grandes montagnes sacrées pour les Cambodgiens et un populaire lieu de pèlerinage. D’autant plus qu’aujourd’hui nous sommes dimanche, le seul jour de la semaine où les cambodgiens ne travaillent pas.

C'est ici, qu’en 800  Jayavarman II déplaça la capitale du Cambodge sur le massif originellement appelé Mahendraparvata , sur ce lieu même, où deux ans plus tard, il célébra le « rituel magique »  et proclama l'indépendance du pays vis-à-vis de Java ,autrement dit, c’est ici que le Cambodge naquit… Depuis 1992, il s’agit d’un des sites protégés par l’UNESCO. 

 

Nous descendons alors de la voiture près de la « véritable rivière aux 1000 lingas »  que nous ne trouvons pas si déserte que prévu. Le vaste plateau offre un agréable point de rendez-vous pour jeunes du coin qui profitent d’un pique-nique au bord de l’eau. Parmi la foule joyeuse et insouciante émerge un « ami » de Deth , de taille moyenne, cheveux lisses d’un noir ténébreux, surement plus jeune que moi.Celui-ci se précipite vers nous avec un sourire timide mais d’un pas assuré, dans le but de nous conduire puis de nous faire « la visite » des lieux, chose difficile à effectuer étant donné qu’il ne parle ni français ni anglais et qu’il ne nous fournira probablement pas plus d’informations que Deth ne le ferait… Il espère simplement récupérer un pourboire bien payé au retour ; je le comprends, il a besoin d’argent ce gamin ! Sa démarche demeure toujours plus ambitieuse que de mendier désespérément comme le font tous les habitants de la montagne.

Ainsi nous longeons tranquillement la rivière pour débuter la journée. Phnom Kulen possède une impressionnante réserve d’eau de la région d’Angkor. A l’endroit même où la rivière Siem Reap prend sa source, les Khmers ont façonné de leurs mains un lit de lingas qui tapissent le fond de la rivière. Ce sont en réalité, de petits monolithes circulaires et bombés qui prennent symboliquement la forme du phallus masculin, vénéré dans les croyances khmères. L’image est foudroyante, nous avons vraiment l’impression de suivre le cours de la rivière de Kbal Spean, serties de milliers de lingas coniques stylisés où nous nous sommes rendus quelques jours plus tôt. Ici l’eau est tout de même plus abondante et plus boueuse si bien que nous avons plus de mal à apercevoir les formations de pierres. J’imagine qu’en saison sèche la rivière est moins remplie …

 En remontant les méandres de la rivière (toujours en suivant notre « guide »), longeant un petit sentier solitaire, nous arrivons au point d’eau ou la source prend naissance. Tout petit, pas plus grand ou profond qu’une baignoire pleine, ce point d’eau que nous atteignons très facilement reste d’autant plus impressionnant, non pas seulement pour la beauté de ses reflets cristallins mais pour l’étrange phénomène physique qui le concerne.

La terre puise sa source en profondeur dans les nappes phréatiques en se remplissant naturellement , aussi bien en période pluvieuse que les plus arides journées estivales. Cela donne l’impression que la source bénéficie de « forces divines » dont seule la nature connait le secret si bien que la population illettrée des siècles précédents a longtemps pris ce phénomène pour de la magie. Selon la légende, l’eau de cette source aurait guéri le roi de la lèpre qui s’y serait baigné.

Après réflexion, l’atmosphère s’imprègne réellement de mystère, cette source apparait comme ensorcelée ! Bien que sa surface soit assez trouble, on dit que les cambodgiens, pèlerins ou non, viennent s’asperger « d’eau sacrée », prononcer un vœu, y jeter un billet englouti par les remous et même en boire un petit gobelet : Deth nous propose, ironiquement de faire de même. 

Vat Preah Ang Thom

Plus loin avec la voiture, alors que notre guide nous y attend en vélo, nous parvenons au petit village de la colline. A notre plus grande surprise, c’est une foule de khmers que nous croisons au marché local. Nous nous ne nous attendions pas vraiment à croiser tout ce monde ! Ce marché-ci diffère légèrement des autres marchés locaux très nombreux au Cambodge en matière de produits qu’il propose, ce qui le rend d’autant plus attrayant.

Cuisine locale et odeur de grillades nous accueillent … Sur les stands nous regardons de plus près et voyons plusieurs racines médicinales entreposées sur les étals ainsi que des os et peaux d’animaux. On dit,  qu’une fois brulés et préparés selon les étapes minutieuses d’une recette khmère bien gardée, ces racines et ces os guériraient les pires maladies mortelles… Autre chose hallucinante, des bouteilles remplies d’eau de vie, à l’intérieur desquelles des scorpions morts piégés dans la gueule d’un cobra lui aussi figé dans le temps, gisent dans le liquide jaunâtre, probablment ue quelconque liqueur de riz.

Au bout du marché, nous atterrissons devant l’entrée du site religieux, marquée par une grande statue de Shiva au centre d’un rond-point, lui-même posté au pied d’un dédale d’escaliers. Sur chaque marche, des individus mutilés , des enfants ou mendiants âgés font la manche désespérément. Il y a aussi plusieurs petits marchands ambulants  qui vendent souvent ces étranges os médicinaux qu’ils accompagnent de  bouteilles dans lesquelles a été recueilli le sang de l’animal sacrifié.  Au sommet, le grand Bouddha couché repose dans son temple. 

L’étroitesse des lieux contribue à rendre l’atmosphère oppressante. Silences, recueillements et prières y sont pratiqués. La cohue témoigne de l’effervescence qui anime le lieu sacrée mais il est parfois difficile de s’imposer face à une foule de khmers en pèlerinage. Perdus parmi la foule entremêlée, nous avons du mal à entrevoir la tête du bouddha couché. Il faut que nous y entrions par l’autre côté, en nous imposant légèrement devant les khmers qui se bousculent sans arrêt. 

Chacun pose une offrande et un encens devant le petit autel dédié au dieu. Les « caisses » aux dons sont pleines à craquer si bien que tous les pèlerins déposent leurs billets dans les cavités de la pierre !! Mais dans cette atmosphère étouffante nous ne restons pas longtemps car l’air commence à manquer et nos pieds nus à se salir sur le sol humide et sal.

Des autels et un vaste bassin « d’eau bénite » provenant de la « rivière sacrée » font également la célébrité du site. Diverses femmes vendent des denrées cuisinées spécialement pour l’occasion et des espèces de nouilles vertes visqueuses que les locaux s’arrachent à pleine dent ! Au plus téméraire d’y gouter.

De plus, l’ambiance est animée par la mélodie des instruments de musiciens mutilés, comme nous avons pu en voir à Angkor. Ceux-ci en dépit de leur handicape,  reçoivent des dons en contrepartie de leur musique qu’ils proposent aux touristes sensibles à leur vision, dons qu’ils utilisent comme unique source de revenu, fonction croissante du niveau d’attractivité du pays.

En tout cas, ils me donnent réellement peine lorsque je croise leur regard impassible, mais je m’attarde surtout sur les regards des autres qui les dévisagent sans même faire preuve de retenue. Il est difficile se heurter à la réalité telle qu’elle est et de prendre conscience de la misère dans laquelle est plongé le pays.

 

La cascade de Phnom Kulen

En effet, l’ambiance à la rivière est complètement « authentique ».Il s’agit de l'un des seuls endroits du Cambodge où l’on a l’occasion d'appréhender la population locale. Tous se baignent entièrement vêtus, plongent, sautent et s’amusent dans la rivière. Pour l'heure du déjeuner, ils s'abritent sous de jolis cabanons en bois qui servent d’aire de pique-nique.

Nous croisons également les ruines d’un temple prénommé Prasat Krau. Il daterait du IX et serait construit sur le modèle de l’architecture des temples d’Angkor mais on ne connait pas très bien son histoire bien qu’il fut dédié à Shiva. 

Nous passons ensuite chez la meilleure couturière du village qui est en fait la mère du jeune garçon qui nous sert de « guide ». Elle nous offre l’hospitalité mais, refusant de franchir l’intimité familiale, nous restons à discuter sur le pas de la porte puis nous continuons notre périple dans la montagne. En descendant vers la cascade, nous passons devant une statue dorée érigée en l’honneur de l’académicien Prince-Choum Nath (1883-1969), connu pour s’être fortement impliqué dans le domaine de la conservation, de la langue khmère et l’un des facteurs majeur qui établit le Dictionnaire Khmer. 

Nous traversons ensuite, le cours d’eau tumultueux par un pont brinqueballent doté de planches de bois reliées à une corde bien solide,  comme on peut les voir dans les films d’aventures.

 

Les enfants se plaisent à y sauter pour nous amuser et honnêtement, si le pont viendrait à craquer, la chute ne serait que de 50 centimètres… : autrement dit , le choc ne serait pas catastrophique ! Le pont traversé, nous rejoignons les aires de pique-niques aménagés en amont de la cascade. Plusieurs femmes vendent des gaufres, des beignets à la banane ou des bananes enroulées de riz gluant en feuille de bambou :  il est difficile d’y résister longtemps et ne pas y gouter serait une grosse erreur. Papa est le premier à s’avouer vaincu, les beignets à la banane sont vraiment trop tentants bien que nous allons manger dans une dizaine de minutes… Nous en achetons pour quelque maigre somme. La dégustation se fait avec dans le silence avec gourmandise et nous remarquons que du coin de l’œil notre pauvre guide nous envie beaucoup tandis qu’il n’a rien dans le ventre, ce pourquoi nous lui offrons à lui aussi un beignet qu’il déguste en moins de deux secondes. Son sourire innocent, je pense que je ne l’oublierai jamais.

Plus loin des escaliers en bois très rudimentaires, qui ont l’air d’une échelle tortueuse, nous conduisent sous d’épais blocs rocheux . Nous parvenons au pied de la cascade dont les eaux ondulantes se jettent  dans une vaste piscine naturelle.  L’endroit est propice aux baignades même par mauvais temps, nous nous délectons de la vue que nous offre tous ces jeunes cambodgiens qui s’éclaboussent et rient harmonieusement. 

 L’envie de s’y baigner est inévitable, mais nous n’avons pas nos maillots et même si nous savons que nous pouvons nous baigner entièrement habillés comme les cambodgiens, le temps orageux ne nous en donne pas vraiment envie.Et puis nous avons un peu faim, alors comme nous n’avons prévu de pique-nique, nous nous rendons dans un restaurant réservé aux touristes. Nous goutons pour la première fois une soupe khmère aux crevettes et légumes baignant dans un jus de citron pimenté aux ognons, soupe accompagnée de sa légendaire assiette de riz ! A tout cela s’ajoute les commandes supplémentaires de Deth qui insiste pour nous  faire gouter des brochettes de bœufs aux légumes sucrés, excellentes.

Nous saluons une dernière fois notre jeune guide de Phonm Kulen après quoi nous grimpons dans la voiture pour rejoindre les temples de Preah Vihear en fin d’après-midi Cette matinée imprévue à Phnom Kulen aura été vraiment géniale, nous aurions regretté de ne pas y passer. Phnom Kulen fait partie de ces endroits incontournables lors d’une escapade au Cambodge. Cette montagne mérite largement que nous lui consacrions le  temps nécessaire et un regard approfondi. A la clé, la délivrance de sensations que nous ne sommes pas prêts de regretter.

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