Le marché sous la pluie de Sihanouk…

Toute une histoire d'organisation

La pluie, la grisaille et le vent nous obligent à regagner la voiture si bien que nous repartons sans même avoir pu pénétrer à l’intérieur du sanctuaire du Wat Krom. D’autre part,  nous n’avons aucun idée de ce que nous pourrions faire puisque nous venons de voir tout ce qu’il y avait « d’intéressant » à parcourir dans la ville d’un point de vue strictement culturel, en mettant de côté les boutiques, les restaurants, bars ou plages…Même si nous ne souhaitions éviter les marchés locaux après la myriade que nous avons déjà pu arpenter au cours de notre escapade au Cambodge, Vanna nous conduit néanmoins au cœur de la ville où se languit son marché ; unique endroit couvert où nous pouvons nous promener par ce temps grisant. En outre, cela nous donnera l’occasion d’acquérir les derniers cadeaux pour la famille et, sans doute, de nous acheter un ou deux souvenirs.

Un « parking » permet aux voitures de se garer et de déposer les clients devant l’étroite allée qui conduit à l’entrée d’un large dôme bombé, tel que nous avons pu le voir à Phnom Penh. Celui-ci abrite les multitudes d’étals, dont les bâches fissurées et trouées par endroit tendent à protéger les biens du climat orageux en dépit de leur état déplorable. Les marchands qui n’ont pas le privilège de posséder un emplacement à l’intérieur du dôme, exposent leurs objets de vente en faisant face aux perturbations métrologiques. Qu’il fasse beau ou non, l’exposition de produits, à l’extérieur, présente toujours plus d’inconvénients que d’avantages pour ses offreurs.  Ainsi, par exemple, les diverses bouquets de fleurs synthétiques mis en vente ainsi que les tissus orientaux et les rouleaux de mousselines s’imbibent d’eau lors de la saison des moissons tandis qu’ils entament un processus de décoloration durant la période sèche d’ensoleillement ; dans les deux cas, leur valeur est souillée et les acquéreurs découragés.

Nous trouvons une place pour nous garer dans une cohue invraisemblable. Les klaxons retentissent, les gens s’affolent, se poussent et grouillent au sortir du marché. Parmi ces asiatiques déchainés, nous faisons notre entrée… Apparemment tout le monde a eu la même idée que nous. Le temps ne repousse visiblement pas aisément la clientèle. La foule se piétine. Dans peu de temps, nous craignons de ne plus avoir la place pour déambuler tranquillement, ni même l’espoir de revoir la lumière du jour. Les plus chanceux, parviendront à se frayer un chemin vers la sortie, parmi l’agglutinement humain, mais les probabilités sont infiniment petites. Les gens se poussent et jouent des coudes en criant et sautillant de toutes parts tels de vils troupeaux de bergers jaillissant en désordre. L’intérieur, pourtant si grand, semble très oppressant. Il est difficile de trouver son souffle. Impossible de se repérer. Toutes les parcelles de l’endroit sont utilisées aux profits des marchands. Les stands, incluant textile et alimentation local, s’entremêlent et se chevauchent les uns sur les autres. Néanmoins, l’ambiance demeure très authentique puisque la grande majorité des clients sont cambodgiens. Leurs rires, leur bonne humeur, leurs sourires seraient identifiables parmi tant d’autre et nous profitons de ce dernier bain de foule khmère avant notre retour pour la  France.

En nous faufilant entre les voilures amples des jeunes filles, les tuniques pigmentées, et les kramas traditionnels, nous sommes guidés par l’agréable odeur épicée de la cuisine traditionnelle. S’ouvrent à nous, stands de poissons, de viandes, de fruits et de légumes, en passant par le riz et les pâtisseries gluantes. Pendant que les hommes se réunissent pour s’échanger les dernières nouvelles, les femmes, attelées derrière leur étal, sont à la besogne. De leurs casseroles fendues émanent une fumée envoutante. On reconnait parmi les centaines de denrées, des gaufres et crêpes huileuses, des nouilles verdâtres, des pâtisseries à base de soja et de riz, des cakes et biscuits secs mais aussi des brochettes de poissons et de viandes, des beignets aux légumes et des œufs durs. L’huile frétille dans les poêles maniées à la perfection tandis que des centaines de bassines creuses regorgent de mets préparés de manière très artisanale .Passé l’alimentaire, ce sont les stands de monnaies d’échange et de produits manufacturés. Provenant directement de chine, une pagaille de reproductions de vêtementssacslunettesmontres et chaussures de luxe se mélange aux chapeaux et tissus industriels qui dégoulinent des étals.

Quelques stands de soies, tissus et mousselines cambodgiennes sont aussi remarquables ainsi que des ateliers de peintures sur chevalet. Amandine et moi achetons chacune une paire de tongs avec des semelles excessivement surélevées de plusieurs centimètres typiquement japonaises mais qui sont bien pratiques pour déambuler au Cambodge, dans la boue et les semblants de trottoirs pollués. Lorsque nous demandons du 39, la vendeuse nous informe que cette taille n’existe pas et que les pointures de chaussures ne vont au-delà du 38 ! C’est incroyable de voir que les populations diffèrent autant d’un point de vue morphologique et physiologique d’un contiennent à l’autre. Il est vrai que nous avions oublié que les cambodgiens n’étaient pas un peuple très « grand »… Nous nous rabattons sur les 38 et acquérons ces étranges chaussures avec humour,  même si nos talons dépassent légèrement de leur semelle. Par la suite, nous continuons de flâner entre les petits stands étroitement serrés et trouvons jolie une paire de boucles d’oreilles. 

Le tour s’effectue rapidement. Nous regagnons l’entrée saturée de monde et tentons de retrouver Vanna dans le capharnaüm. Celui-ci nous aperçoit sans encombre en nous hélant et nous adressant de grands signes de mains afin que nous le rejoignions. Nous nous précipitons à la voiture avant de nous retrouver entièrement mouillés. Vanna nous reconduit ensuite à l’hôtel, nous lui accordons l’après-midi de libre puisque nous comptons boucler les derniers préparatifs avant le vol de demain : ranger les valises, relever les derniers mails sans oublier de classer les photos et écrire les carnets. De toute façon, à par les plages, il n’a pas grand-chose d’autre à faire à Sihanoukville.

A midi, nous profitons d’un brin de soleil pour nous rendre dans l’un des petits restaurants de plage d’Ochheuteal beach. Nous nous délectons d’une ultime belle assiette de riz cantonais tiède, colorée de légumes verts et parsemée de crevettes blanches saturées d’or, plat plus communément connue sous l’appellation de « fried rice » . Nous mangeons en silence avec la désillusion de quitter ce si beau pays, et la fâcheuse idée que  nous n’aurons plus vraiment l’occasion de déguster d’aussi succulents plats khmers. Le déjeuner terminé,  nous rentrons à  l’hôtel à  pieds, après quoi nous entamons nos ultimes rangements. Les valises attendent tranquillement que nous les rangions. Lorsque nous les retirons de leur placard avec précipitation,  plusieurs sacs d’échantillons de parfums et crèmes glissent des poches internes. Nous nous rendons compte que nous avons complètement oublié de les offrir aux petites filles khmères, idée sur laquelle nous nous étions accordés avant le voyage. La faute est humiliante. Nous les donnerons plus tard à Vanna en comptant sur sa générosité pour qu’il les distribue lui-même lors de ses prochaines expéditions touristiques. Finalement, nous terminons le triage des affaires avec beaucoup d’avance, ce qui nous laisse un laps de temps libre avant que le soleil ne se couche. Les dernières vérifications soustraites de nos tâches,  Amandine et moi décidons de nous détendre à  piscine de l’hôtel en attendant que papa termine d’écrire ses mails. Il pleut à grosses gouttes mais la tiédeur des précipitations tropicales est un aspect exquis du Cambodge. Bien que le temps ne s’y prête pas,  nous nous prélassons dans les eaux claires plus de trois heure sans que l’ennui ne nous ronge.

Un dernier amok…

Nous choisissons un très bon restaurant pour notre dernier diner au Cambodge. Nous évitons en priorité le fameux « Happy Herb Pizza », bien qu’il possède un emplacement assez proche de notre Hôtel, car selon plusieurs dires, certaines pizzas seraient parsemées de cannabis ! Outre cette pizzeria, nous avons l’embarra du choix. Nous penchons finalement pour le Grand Kampuchea, situé en face de notre hôtel l’Orchidée. Réputé pour ses grillades mais surtout ses amoks incluant viande, légumes ou poisson, nous nous laissons tenter par cette saveur onctueuse de l’Asie. A l’habitude, lorsque nous arrivions dans un restaurant, nous nous retrouvions seuls mais visiblement le Grand Kampuchea a acquis une grande célérité pour sa cuisine. C’est la première fois que nous voyons un restaurant plein (sans compter Siem Reap et Phnom Penh), et parmi les clients,  très peu de locaux rivalisent avec une majorité de groupes de jeunes touristes partis dans le cadre d’une ONG.

Papa commande un barracuda grillé qu’il ne tarde pas à voir arriver sur table tandis qu’Amandine et moi préférons le traditionnel plat de amok aux crevettes, ultime fois que nous en dégusterons. Nos deux plats requièrent un temps de préparation extrêmement long si bien que papa entame son assiette avant que les nôtres arrivent. Finalement, il termine très rapidement son plat avant que nos amoks sortent du feu. Mais la patience valait le coup. Ce sont deux assiettes garnies d’une énorme noix de coco dans le jus de laquelle ont mariné longuement du poisson et des légumes safranés. Le amok est vraiment Le plat dont j’ai envie de me souvenir à la pensée du Cambodge comme autrefois le « curry » sri lankais ou le « tajine » et les « Koffkas » égyptiennes... : le amok se compose de tendres crevettes rosées imprégnées d’arômes suaves ayant marinées dans  du lait de coco relevé d’épices douces… sans oublier les aromes délicats des carottes, des pommes de terre et des ognons cuits accompagnés d’une assiette de RIZ cambodgien, qui, je tiens à préciser, ne peut se déguster qu’au Cambodge étant donné que cette variété de riz n’est pas exportable ! La soirée se termine dans la bonne humeur. Nous rentrons à l’Orchidée, ivres de saveurs khmères.

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