Le Ta Prohm

Sanctuaire central du Ta Prohm

 

Ta prohm, Ta prohm, Ta prohm,…c’est sans contester l’un de mes temples préférés ! Embellissant cette cité grandiose, Jayavarma VII le consacra en 1186 à sa famille royale : quel beau cadeau ! « Le monastère royal » aurait été achevé afin d’abriter 260 divinités mais le projet démesuré fut abandonné…

Le Temple bouddhique se compose de nombreuses tours, certaines tiennent encore debout, d’autres gisent écroulées sur sol tantôt englobées de fines tranchées. Cet enchevêtrement de galeries nous permet de circuler dans les couloirs étroits mais ce que nous cache réellement l’enceinte  du temple est une des rares inscriptions qui a permis aux découvreurs de connaitre le nombre de personnes habitant le sanctuaire et ses alentours à l’époque des « rois Soleil ». Si certains plans arrachent au temple son enceinte extérieure et ses alentours aujourd’hui complétement effacés par la végétation, l’endroit fut autrefois le foyer d’environ 80 000 villageois répartis dans près de 3140 villages différents ! Ainsi l’échelle de la zone urbaine s’étalant au-delà du temple est multipliée par au moins le double voire le triple. Le sanctuaire lui-même abritait 12 650 personnes mentionnées sur l’inscription. Ils logeaient aisément au cœur de l’enceinte qu’ils entretenaient régulièrement, les fondations des murs d’’une longueur de près d’1,5 km permettent de confirmer cette information.

 

 

Une fois franchie le gopura IV, une longue allée terreuse traversant la salle de danse nous conduit dans la forêt sur une terrasse imposante comblée par des pierres emprisonnées dans les nœuds de racines. Ici les fromagers détrônent le roi pour prendre sa place. Cette terrasse ondulante et parsemée d’obstacles est envahie par de grands arbres au tronc lisse auréolé de taches sableuses, dont les longues racines ondoyantes contribuent à la déformation des larges dalles de pierres. Impressionnants par leur hauteur et leur ampleur, les racines de ces arbres immenses envahissent petit à petit la pierre de leurs tentacules ondulants. Le nom de cet arbre, « fromager »remonte à l'Indochine, sous le protectorat français. Eh oui, à l’époque leurs douces racines extensibles étaient utilisées pour conserver le fromage et confectionner de jolies boites !! Il n’est pas impressionnant que les Français aient hérité d’une image de fins gourmets, même à l’époque c’était déjà le cas !

Passé la porte du troisième gopura, nous débouchons dans l’enceinte du temple protégée d’une cour bordée de murs de latérite. Sur les murs sculptés de linteaux ciselés, les plantes grimpantes et la mousse sombre nous laissent le délectable plaisir de découvrir le visage d’une Apsara oubliée dans la végétation, endormie et prisonnière entre les racines d’un de ces immenses fromagers.

Il est presque impossible de ne pas se perdre dans ces milliers de racines si envoutantes et délicates et finalement je me plais à imaginer l’endroit dix siècles en arrière lorsque le temple fut le cœur de la cité où fourmillait une foule de khmers vêtus d’habits traditionnels, effectuant des travaux dans les champs, se baladant de temples en temples ou s’instruisant dans les bibliothèques sans oublier le roi qui, ceint de sa couronne en pierres précieuses, y déambulait aux bras de sa femme dont les hanches gracieuses étaient aussi belles que celles des Apsaras.

Nous passons sous l’encadrement d’une  porte à moitié effondrée après avoir longé une bibliothèque sculptée dans le gré puis arrivons dans un espace étroit  au cœur du premier gopura

Il nous est très difficile de circuler et il n’est pas rare que nous trébuchions sur l’un des linteaux jonchant le sol formant ainsi plusieurs petits monticules de pierre. Nous enjambons quelques-uns de ces monts très effilés avant de nous engouffrer dans l’un des angles de l’enceinte. De là, nous avons une vue magnifique sur un fromager avec de pesantes racines qui s’entrecroisent en formant une cascade de tentacules sur le toit de la galerie soutenue par une enfilade de piliers sculptés.  La magie de ces enchevêtrements de racines à la fois déroutantes et délicates nous fait basculer dans un univers atemporel. La sensation ressentie nous anime d’une gaité intense, si intense que nous avons le sentiment de ne plus vouloir quitter le lieu sacré.

 

Nous dépassons l’arbre en l’observant de face puis débarquons dans ce qui me semble être le cœur du temple mais à vrai dire je suis tellement déboussolée dans ce labyrinthe vivant que je ne serais reprendre mes repères. Alors je profite juste de l’instant présent sans me préoccuper de la façon dont nous allons sortir du sanctuaire. Nous pénétrons à l’intérieur d’une fine structure sombre et élancée. Ses parois internes sont étrangement trouées sur toute leur surface. Les trous creusés servaient à abriter les trésors du roi tels que bijoux, présents, pièces d'or, finances. 

Plus loin, dans une des tours du temple, nous nous amusons à coller nos dos à la paroi du sanctuaire et de frapper plusieurs fois sur notre cage thoracique au niveau du cœur. Si l’on est bien attentif on peut entendre une légère résonnance. Selon les rumeurs, cette paroi était très sacrée à l’époque puisqu'elle possédait decapacités curavtives. D’ailleurs ce n’est pas par hasard qu’un autel dédié à bouddha y a été érigé mais bon entre les croyances et la réalité, il y une grande différence même si l’expérience est plutôt amusante.

Ainsi prend fin notre visite de ce temple magique. Nous flânons une dernière fois à travers la végétation étouffante pour rejoindre l’entrée de cette perle d’Angkor. Le Ta Phrom, parmi tous les temples à visiter à Angkor, est le plus émouvant, le plus esthétique, le plus fascinant, il est tout simplement indescriptible !

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